En ce début de mai, lorsque le soleil arrivera à percer au travers des lourds paquets de nuages, vous apercevrez peut-être un gros frelon jaune-orangé inspectant systématiquement, dans les arbres ou les murs, tout ce qui ressemble à une cavité. Alors, vous serez en présence d’une reine cherchant un endroit favorable pour s'installer.

Une fois qu’elle aura trouvé son abri, elle y construira un embryon de nid, avec une sorte de papier issu de sa mastication de fragments de bois, y pondra des œufs, d'où sortiront des larves qu'elle s'appliquera à nourrir, puis, dès que ces larves se seront transformées en gros frelons à l’aspect terrifiant, se fera tranquillement servir.
Elle n'aura plus qu’à pondre, pendant tout l’été, pour que naissent des centaines d'ouvrières, jusqu’à la ponte royale fin août, qui sera le début de la fin pour toute la colonie.

Le journal La Hulotte vient de consacrer trois de ses numéros à raconter la vie d’une de ces reines et c’est passionnant.
On apprend ainsi que le frelon n’aime pas piquer, que son venin est moins nocif que celui d’une abeille et qu’avoir un nid de frelon chez soi c’est s’assurer les services d’une division de chasseurs d’insectes "nuisibles", très efficaces contre les mouches de toutes sortes.
Enfin, on y découvre que des petites bêtes, très rares pour certaines, viennent occuper les nids de frelons avant et après leur abandon, qu'ils sont pour elles les seuls lieux aptes à les recevoir, ces petites créatures ne survivant donc que parce que les frelons font des nids.
La biodiversité, c’est fou !

En lisant cette histoire, j’ai eu envie de mettre un nichoir à disposition des reines frelons de passage chez moi.
Mais de là à me lancer dans la construction de la belle caisse spécialement étudiée dont le plan figure dans le N°95 de mon irrégulo-périodique préféré !

C’est finalement les circonstances qui m’y ont décidées.
En effet, en rentrant chez moi, samedi soir dernier, j’ai trouvé une majesté frelon qui s’était perdue dans mon salon. Et plutôt que de la mettre dehors, alors que nous venions tout juste de faire connaissance, je l’ai enfermée dans une boite ; avec aération, précision nécessaire.
Ensuite, toute "la journée du dimanche présidentiel", j’ai construit, selon le plan "hulottesque", le logis de ma reine ; sans pour autant être royaliste, seconde précision nécessaire.

Il faisait nuit et frais, lorsque j’installai Madame dans sa caisse, que vite je fermai.
Voulant immortaliser la scène, j’allai chercher l’appareil photo et lorsque je rouvris le nichoir, Son Altesse fondit sur moi, dans un fort vrombissement. Je sautai de l’échelle, elle accrochée à mes cheveux, puis, très vite, sans me piquer, elle s’envola dans la nuit.
Ah, quelle ingrate ! me dis-je.
Mais après réflexion, je pensai que son attaque était la preuve que j’avais bien travaillé, puisque quelques minutes lui avaient suffit pour réceptionner mes travaux et prendre possession du lieu.
En fait, elle m’avait juste dit merci à sa façon.

Heureusement, lundi et mardi, j’ai vu d’autres majestés, et peut-être était-ce « la mienne » (je ne le saurais jamais car en vol et en plein soleil il est difficile de reconnaître une reine frelon d'une autre), en train de tourner autour du palais.
Enfin, palais !
Disons plutôt forteresse !
Car l’apparence, convenez-en, n’est pas des plus engageantes !
Ce nichoir, on dirait une bretèche sur une courtine d'un château fort.
Jugez plutôt.

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Qui s'y frotte s'y pique !