En avril 2011, Écodouble était pour la première fois invité sur le blog de Paul Jorion.
Voici à la suite une version "améliorée" du texte qui m'a valu cette invitation, texte à l'origine très maladroit puisqu'il n'était qu'un commentaire à l'attention d'un commentateur d'un article du blog de PJ.
Mais comment donc sortir de la crise actuelle et passer à une économie écologique ?
Avec ce texte remanié, j'essaie de répondre en un jet.
Et puis peut-être qu'un parti politique en mal de programme s'inspirera des propositions qui suivent pour élaborer son programme économique en vue des prochaines élections !?! Non, je rigole ! Comme si le bon sens pouvait être une caractéristique des partis politiques !

Afin de sortir réellement de la crise, il faudrait faire en sorte d'avoir un coup d'avance sur les évènements qui se préparent.
En sachant que le prix de l'énergie va flamber, dans les année qui viennent, du fait de sa rareté, nous tirerions avantage à augmenter beaucoup et sans attendre le prix de toutes les énergies, de façon progressive et concertée.
Par cette stratégie, nous aiderions au renflouement des caisses de l'État, tout en lui permettant de dégager des fonds pour aider les ménages les plus modestes à s'adapter à la situation de pénurie qui arrive, et nous mettrions en place un contexte capable de faire baisser très significativement les consommations d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre qui en résultent.

Durant cette période où le prix de l'énergie augmentera volontairement, le télétravail devra être favorisé, depuis des bâtiments de bureaux dédiés, dans chaque village. Cela aidera à la diminution du volume des transports et à la reconquête des campagnes ; les villes, ces "élevages hors sol", devant absolument diminuer en taille dans un futur très proche.

Mais ce qu'il faudrait surtout, c'est lancer une série de grands travaux, qui dureraient 10 à 20 ans, visant à jeter les bases d'une économie écologique dans laquelle l'homme et la nature coopèrent : l'écodouble (l'économie qui fait coup double, qui nous permet de vivre dignement toutes et tous, et qui, dans le même temps, favorise la biosphère).

Ces grands travaux seraient :

- La complète restauration de l’habitat. Celle-ci aurait pour but principal, outre la mise en place d'isolations performantes et pérennes, de faire baisser la température de confort dans les habitations grâce à l'utilisation de matériaux issus de végétaux et à l'emploi de chaux et de terre pour la décoration intérieure. Le ciment, les plastiques, les peintures hydrofuges seraient ainsi bannis, eux qui contiennent une grande quantité d'énergie grise et qui génèrent des températures de confort élevées. Dans tous les cas, un bâtiment neuf devrait être conçu pour être passif et une restauration d'un existant viser le même objectif ;

- La restructuration du paysage grâce aux connaissances du Génie écologique, avec au programme des plantations de haies d'arbres d'espèces variées et locales autour des champs et prairies, des restaurations de mares et de zones humides, ces dernières pouvant alors constituer nos usines d'épuration de l'eau. Le résultat serait des trames vertes et bleues, véritables puits de carbone, denses, frémissantes de vie(s), agréables à contempler ;

- La mise en place d'un système de récupération, efficace et généralisé, de tous les matériaux de construction, y compris dans les décharges plus ou moins sauvages où nous les avons mis au rebut ;

- La création par des équipes pluridisciplinaires (ingénieurs, biologistes, écologues, géologues, pêcheurs) d'une industrie du récif artificiel, qui permettrait la construction d'habitats sous-marins, viables sur le long terme, partout le long de nos côtes, cela pour qu'une pêche soutenable, conduite par des jardiniers des mers équipés de nouveaux bateaux à voiles modernes, remplace l'actuelle, qui est dévastatrice et sans avenir car dépendante du gazole. Certains de ces récifs pourraient être des fondations d'éoliennes off-shore.

En outre et tout de suite, il faut absolument arrêter les grands terrassements, délaisser les prouesses d'aménagement qui n’ont d’utilité que dans le monde du pétrole (les autoroutes, les routes, l'habitat en tache, les aéroports, les TGV, les grands viaducs en béton armé qui vieillissent mal, etc.).

Nous devons relocaliser toutes les productions (l’économie d’échelle n’est pas toujours valable pour les choses vitales) et nous interdire celles qui sont trop dispendieuses en énergie.

Nous économiserions beaucoup de pétrole, en plus de préserver notre santé et l'environnement, en abandonnant l'agriculture pour adopter l'agro-écologie, en renonçant, donc, aux insecticides, aux herbicides, aux fongicides et aux OGM promus par l’agro-industrie.

Il ne faut pas s'interdire d'interdire l'usage des téléphones portables aux mineurs ni de poursuivre pénalement les fabricants qui poussent au renouvellement de ces matériels (ces appareils sont des gouffres à matières premières si bien que nous pouvons parier qu'ils seront, d'ici peu, moins omniprésents dans nos vies). Il faut parallèlement lutter par l'éducation contre la gadgétisation des relations humaines. Et par l'éducation, donner à la jeunesse des repères pour lui permettre d'aimer vivre dans un monde réel.

La télévision ne doit plus être un moyen d'abrutissement de masse ; il faut rehausser la qualité des programmes.

Abattons la tyrannie marchande de la mode, mettons au chômage les publicitaires qui la servent, emparons-nous des styles sans y coller d'étiquette.

Mettons des pulls à la maison l'hiver, maison que nous préférerons petite et douillette, plutôt que grande et gourmande en énergie.

Remettons-nous au travail manuel, par exemple sur des objets de récupération (cradle to cradle), et évitons le plus possible le recyclage, qui est très énergivore.

Développons les toilettes sèches, qui vont de pair avec les jardins potagers et la récupération des eaux pluviales.

Cuisons une partie de nos aliments avec le soleil.

Réhabilitons les moulins à eau et à vent pour en faire des générateurs d'électricité automatiques.

Rétablissons les cycles de l'eau, du carbone et de l'azote.

N'acceptons qu'un électroménager raisonnable et déclarons l'obsolescence programmée hors-la-loi.

Apprenons à aller moins vite. Nous irons plus loin dans notre satisfaction.

Où trouver les fonds pour financer tout cela ?
Ils sont là, à portée, dans les poches sans fond du grand capital, ce grand capital qui détruit tout et qu’il faut donc démanteler, en interdisant la spéculation et en faisant défaut sur une grande partie de notre dette vis-à-vis des banques.
Et à tant faire que de démanteler, démantelons aussi les centrales nucléaires ! Il faut arrêter tout de suite celles qui ont plus de 30 ans et étudier, puis travailler, très sérieusement, à leur démantèlement.
Dans 10 ans, moins si possible, il faut qu’elles soient toutes éteintes et que la lumière nous vienne d'un autre feu qu'un feu d'apocalypse.