Il était une fois en Finistère, un puissant et un citoyen ordinaire.

L'un s'appelle Vincent. Bien qu'il dise "Blue" à tout bout de champ, ce type n'est pas un bleu.
Dans l'Hexagone il est dans le plastique et l'électrique (tout fabriqué avec du pétrole).
Il nous a déjà fait des batteries au lithium, des voiturettes électriques. Aujourd'hui, à grands renforts de pub dans les journaux, il nous sort le tram électrique Modèle II. Parions que demain il nous fera l'avion électrique, après-demain la fusée électrique, la semaine prochaine l'arbre électrique, le mois prochain l'humain électrique et l'année prochaine, sans aucun doute, si personne ne l'arrête, ce sera le croiseur interstellaire Modèle II, un truc à faire pâlir d'envie Dark Vador. C'est notre ministre du dressement reproductif, Montebourg du gaz de schiste, qui va être joisse !

Et personne ne va l'arrêter le Vincent ! Et surtout pas la Police !
Et pourtant !
Déjà, dans son fief, il ne fait aucun cas des vestiges archéologiques mis au jour lorsqu'il ordonne des terrassement pour agrandir son usine. Pensez donc ! On ne va pas arrêter la marche du progrès à cause de ridicules restes gaulois protégés par la Loi.
Mais si seulement cela s'arrêtait là !
Hélas, ce puissant a étendu son empire et son emprise en Afrique, au Cameroun pour commencer, ce pays qui a déjà tant souffert de la colonisation française.
Là-bas, ce seigneur - parce qu'il est comme seigneur au Moyen-Age - s'est d'abord approprié, par corruption active, le port principal en 2004 et l'unique chemin de fer, qui ne prend désormais quasiment plus de voyageurs mais seulement des marchandises (ça paye bien mieux !), par exemple du bois arraché à la forêt tropicale. Ensuite, il a pris possession, avec d'autres, grâce au FMI et aux lois sans foi de l'OMC, de grandes étendues de cette forêt pour y faire planter et cultiver des palmiers à huile, par des ouvriers peu ou prou réduits à la condition d'esclave, cela afin de produire de la nourriture bas de gamme et du bio carburant (tiens, Monseigneur douterait-il de l'électrique ?).
Il lui est même arrivé, pour étendre ses cultures, de faire déménager vers des zones insalubres, des populations de pygmés qui vivaient dans des coins de forêt où il avait des projets : Les palmiers ont été plantés et depuis les pygmés meurent mieux du paludisme !

Mais comme le Cameroun c'est trop petit pour ce grand ambitieux, il a usé des mêmes méthodes d'implantation et de gestion, en Côte d'Ivoire, en Sierra Leone, au Libéria, au Sénégal. Et il s'est aussi implanté en Asie, au Cambodge notamment et en Indonésie, pour le palmier à huile toujours, les orangs outans faisant là-bas, même s'il affirme le contraire, les frais de ses profits. Et lorsque des ONG, des Ministres africains, des associations, demandent des comptes, il ne se passe rien ! Ou plutôt si ! Il reçoit la visite en grandes pompes, dans son usine sans avenir d'Ergué Gabéric, notre Président François Modèle II tout sourire.

In fine, pour tous ces exploits, le puissant est breloqué au plus haut grade de la Légion d'honneur, au même niveau que les Présidents de la "Ripoublique", ses bons potes. Souvenons-nous, en effet, qu'il a prêté son beau bateau à l'un très écouté et qu'il a employé la compagne délaissée de l'autre dans le personnel de sa télé privée.

Le citoyen ordinaire, quant à lui, c'est un quidam !
Un jour, dans les environ de Concarneau, il lui vient une envie pressante.
Un terrain vague et en guise de PQ, un prospectus publicitaire, avec son nom et son adresse imprimée dessus, qui traine dans son véhicule "pétrolique" (la honte !) : Et hop ! L'affaire est faite !
Dans le même temps, un casse dans la ville.
Les braqueurs emportent un coffre qu'ils vont ouvrir sur le terrain vague, à coté de l'étron encore fumant, véritable oeuvre d'art, signée s'il vous plait !
Peu après, quelqu'un trouve le coffre éventré et rameute la Police.
Constat ! avec obligation de réussite pour les fonctionnaires !
L'inspectrice, qui a dû faire "Polytechnique Police" dans sa jeunesse, trouve le nom et l'adresse, sur le PQ publicitaire : Et tac ! L'affaire est close !
Un mois de prison préventive pour rien en faveur notre quidam.
Plus d'une année en justice, ensuite, pour demander réparation à l'État, demande de réparation finalement abandonnée parce qu'il faut payer préalablement des sommes astronomiques en avocat, sans être certain, à la fin, d'avoir gain de cause.

Selon que vous serait puissant ou misérable ... dit la Fable, soit vous irez injustement en prison, soit vous ne serez jamais puni, quand bien même vous seriez, destructeur de vestiges archéologiques, corrupteur, spoliateur, esclavagiste et tueur.

Assurément, il y a des gens, dans la police, la politique, la justice, qui ont de la merde en guise de neurones.
J'espère qu'il y a encore des gens, au creux des lits, qui font des rêves.
Des rêves de Justice, d'Équité, d'Honnêteté et de Politique au sens noble du terme, pour l'Intérêt général.
Des rêves d'économie écologique.
Des rêves de réels changements.