Le soleil brillait ce matin et la colonie de frelons qui s'était établie depuis le printemps dans le nichoir dédié, modèle La Hulotte, en a profité pour faire son vol nuptial, tout comme, sans doute, toutes les colonies des alentours.

Le spectacle était impressionnant, ça volait en tous sens. Heureusement, mes voisins n'ont pas vu - comme quoi les frelons sont discrets d'ordinaire - bien qu'ils fussent dans leur jardin, à moins de 15 m du nichoir, ce dernier bien visible depuis chez eux.
S'ils avaient vu, gageons qu'ils eussent été fous de rage, eux qui avaient été importunés, à la mi-septembre, lors d'une soirée gauche-caviar qu'ils organisaient, avec force lumières dans la nuit, car les ouvrières - pas folles les guêpes :-) - avaient profité de l'aubaine pour s'inviter à la fête afin de chasser l'insecte autour des ampoules nucléaires.
Notons que le lendemain de cette fête, à laquelle les hôtes étaient venus avec de grosses berlines allemandes noires (Deutch Qualitat ! Ya Volt !), le voisin m'était tombé sur le poil pour me dire qu'il avait un problème et qu'il entendait que je le résolusse.
Faut dire que le voisin, est ancien commissaire de police et ancien prof d'économie - croissanciste, par là habitué à déléguer et imposer, sans se rendre compte.
Et de me dire que c'est dangereux et blablabla ... et ... blablabla ... et qu'il fallait que je détruisisse le nid (il fut abasourdi quand je lui avouais que je savais où il se trouvait) et blablabla ... et de finir en me disant qu'il aime ses petits enfants et que donc le frelon ne peut être toléré dans l'espace où ils jouent.
Erreur fatale ! Quand on reproche faut avoir les cuisses propres.
Je lui répondis, avec tout l'aplomb que je pouvais (un commissaire quand même !), que j'avais vu l'an dernier un de ses petits-enfants, bébé, assis parterre dans sa cour, des graviers à la bouche, pour goûter comme aiment goûter les bébés, et que s'il aimait réellement ses petits-enfants il ne s'appliquerait pas à traiter minutieusement au désherbant leur espace de jeu.
L'économiste-commissaire, on s'en doute, n'en eut pas la chique coupé pour autant mais j'arrivais à m'en aller en lui disant que je règlerai "son" problème dès que je le pourrai.
Bingo ! Aujourd'hui, le problème s'est réglé tout seul : ce fut la fin de l'année pour les frelons, dans un magnifique envol nuptial. Il est bon d'être fainéant et d'avoir de bonnes relations avec ses voisins. On gagne du temps !

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Au printemps prochain, après que le nichoir aura été nettoyé, par des insectes spécialistes du nid de frelons, (oui, oui, c'est ainsi, que la biodiversité est belle !), je le changerai de place. Les frelons savent trouver les ampoules nucléaires à plus de 100 mètres de distance, heureusement ; et ça, ce n'est pas de ma faute.

Ce qu'il faut retenir c'est que les gens sont vraiment plein de contradictions : Ils aiment les grosses bagnoles qui viennent d'Allemagne mais pas les bonnes lois de ce pays, comme, par exemple, celle qui protège intégralement le frelon européen. Et chez nos voisins germains, cette bonne loi contrarie fortement le frelon asiatique qui fait tant de dégâts dans nos ruches. En effet, ce dernier progresse moins vite Outre-Rhin que chez nous, en France, où la destruction d'un nid d'autochtones est presque systématique dès sa détection. Une sale habitude qu'il nous faudrait rapidement abandonner si nous voulons continuer à manger du miel en quantité.

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PS : Pour les amateurs de vin et les autres : Savez-vous que s'il n'y avait pas les frelons et les guêpes, des genres Vespa et Vespula, nous ne pourrions pas boire de vin ? En fait, le champignon qui permet la vinification n'arrive à survivre à l'hiver qu'à l'abri dans l'estomac des reines guêpes et frelons qui se gavent de raisins à l'automne. Celles-ci, le printemps revenu, quand elles cherchent, pour construire leur nid, du bois à mâcher sur les piquets dans les vignes, redéposent le champignon contenu dans leur salive sur ces piquets. Là, il se tient tout prêt à recoloniser les grains de raisins à venir. Lisez le lien suivant pour vous en convaincre ; en vous demandant aussi si le frelon asiatique peut fournir le service à la vinification que rend son homologue européen.
Une chose est certaine : en protégeant le frelon de chez nous, nous protégeons le vin.
Décidément oui ! la biodiversité est belle !

http://www.lavigne-mag.fr/actualites-viticulture-vin/recherche-les-guepes-inoculent-les-levures-au-raisin-62900.html