Même si actuellement le prix du pétrole est à la baisse, car la crise qui s'installe engendre une diminution de sa consommation, il ne pourra qu'augmenter le temps passant. En effet, la roche liquide "oil petroleum" n'est pas une énergie renouvelable et affirmer qu'elle sera rare dans le futur n'est pas une prévision d'économistes lambda : c'est une prévision fiable.

Or, des secteurs d'activités vitaux pour l'humanité dépendent complètement de cette énergie. C'est le cas de l'agriculture et de la pêche qui en consomment des quantités non négligeables.
Si l'on considère le cas de la pêche, les chiffres sont particulièrement mauvais. D'après la FAO, elle brûle 500 litres de gazole pour 1000 kilogrammes de poissons pêchés.
Il faut tout de même avouer qu'un aussi mauvais ratio poissons-gazole est inquiétant. Les humains pourront-ils encore manger du poisson lorsque le précieux liquide viendra à manquer ?
Ne faudrait-il pas conclure, dès lors, que les techniques actuelles de pêche sont caduques dans notre contexte de raréfaction du pétrole ?

Visiblement ce n'est pas ce que pensent les pêcheurs européens, puisque il y a quelques mois ils manifestaient contre le gazole cher, sans rien remettre en question sur leur façon de pêcher. Pourtant, afin d'améliorer leurs conditions professionnelles, ils auraient mieux fait de manifester contre leur statut alambiqué qui les rend esclaves des criées. Et comprendre aussi qu'en continuant la pêche industrielle telle que pratiquée le poisson risque de disparaitre et, par conséquence, leurs emplois dans la foulée. Le risque étant même qu'ils disparaissent avant le pétrole.

Afin d'éviter ces perspectives inquiétantes il y a une solution simple, s'inscrivant dans l'esprit de l'écodouble.
Cette solution, à deux volets, permet tout à la fois de s'affranchir notablement de la dépendance au pétrole, de protéger la mer et d'assurer un avenir à la pêche.

Le premier volet consisterait à ferrailler (écologiquement) les bateaux actuels afin de les remplacer par des navires neufs, équipés de voiles modernes. En adoptant ce mode de propulsion les chaluts, destructeurs de poissons et de fonds marins et surtout gourmands en carburant, ne pourraient plus être utilisés. Les moteurs de faibles puissances qui équiperaient les nouveaux navires ne serviraient que d'appoint, lors de la phase de pêche proprement dite, qui utiliserait des filets plus sélectifs et de petites tailles.

Le deuxième volet, à mener de front avec le premier, serait de mettre en place des récifs artificiels en grand nombre le long des côtes européennes.
Ces récifs ont l'avantage de permettre une augmentation massive de la quantité de poisson dans les eaux où ils sont installés. Les Japonais sont des experts de cette technique.

Les dirigeants européens devraient comprendre que cette réforme nécessaire est à initier rapidement. Et comprendre aussi, s'ils la lançaient, qu'une fois la pêche récifale lancée, après les 5 à 10 ans nécessaires au complet établissement du poisson, il leur faudrait se garder d'ouvrir grand les portes du marché européen aux poissons pêchés autrement qu'avec ces nouvelles méthodes. Et tant pis pour la libre concurrence si chère à l'OMC. Entre du poisson "écologique" et du poisson qui ne l'est pas, il n'y a pas lieu de devoir appliquer ce principe, puisque les deux produits sont différents.

Ils auraient d'autant plus d'intérêt à le comprendre que cette réforme pourrait être une "petite" bouée de sauvetage pour le secteur du bâtiment qui vient de rentrer en période de récession. En effet, la construction de récifs en béton serait une très noble reconversion pour les "bétonneux", qui vont avoir de grandes difficultés à vendre les immeubles-clapiers banchés qui sont leur spécialité. Spécialité tout à fait nuisible écologiquement parlant, soit dit en passant.

Et pour le financement direz-vous ?

Même si le cycle de Doha, qui voulait supprimer les subventions agricoles, est un échec (heureux), il n'en demeure pas moins que ces subventions sont scandaleuses sur le fond puisqu'elles légitiment le fait que les agriculteurs n'ont pas le droit de voir leur travail justement rémunéré. Il faut donc supprimer progressivement les subventions de la PAC, en échange de la promesse expresse que les pays européens ne seraient nourris que par des paysans européens, qui auraient pris, eux, l'engagement de réduire notablement leurs intrants. En supprimant par la même occasion quelques intermédiaires "surnuméraires" ou en position de monopole dans le commerce des denrées alimentaires, agriculteurs citoyens et consommateurs citoyens s'y retrouveraient.

Il s'agirait alors de transférer les subventions à l'activité récifale en procédant comme suit :

1 - Les entreprises de Travaux Publics seraient subventionnées à produire et immerger des récifs le long des côtes, suivant les directions des courants pour les canaliser au mieux. Certains récifs pourraient être conçus comme fondations d'éoliennes off-shore. Toutes ces opérations se feraient sous l'entière direction de biologistes, de "courantologues" et d'ingénieurs du génie civil.

2 - Une fois complètement colonisés, les récifs seraient attribués en concessions exclusives à des pêcheurs, en association ou non avec des armateurs, propriétaires des bateaux à voiles décrits plus haut.
Les pêcheurs bénéficieraient en outre d'une formation en biologie marine, pour gérer au mieux leurs concessions.

3 - La production des récifs lancée, à charge pour les pêcheurs de payer un loyer d'acquisition de leurs récifs, qui rembourserait tout ou partie des subventions. Et si le récif supportait une éolienne, alors le pêcheur recevrait un revenu de la part du producteur d'électricité. 

4  -  Des hydroliennes pourraient aussi être mises en place entre les alignements de récifs artificiels.

Une telle refonte du secteur de la pêche et de la mer aurait tout pour contenter les acteurs de la filière. Un armateur rencontré la semaine dernière sur un quai du Morbihan m'a dit qu'il trouvait l'idée bonne. Et les chantiers navals ne pourraient qu'y trouver leur compte aussi. Ces derniers semblent d'ailleurs se recycler quelque peu. A Concarneau il y a deux ou trois ans, se construisaient encore de gros chalutiers, à gros réservoir de fioul, sans autre devenir possible, que celui de tas de ferraille. Il s'y construit aujourd'hui de petits remorqueurs. Certes ce ne sont pas encore des bateaux à voile mais cela risque bien d'advenir. En effet, l'été dernier, des vins de Bordeaux ont été livrés en Grande-Bretagne par voilier tandis qu'à Saint-Quay-Portrieux l'essai d'un chalutier à voiles commandées par ordinateur a commencé.
Il se pourrait bien, si ces expérimentations sont concluantes, que la demande en voiliers décolle.

Le vent, expression de l'énergie solaire, dans l'intérêt de tous, reprendrait donc du service sur la mer.
Il ne tient qu'à vous, pêcheurs, de vous organiser pour demander cette réforme et d'en être les principaux artisans.
Si vous l'obteniez, vous rentreriez dans l'écodouble. Vous travailleriez moins. Vous vivriez mieux. Vous gagneriez correctement votre vie. Et vous pourriez être plus nombreux dans votre très noble profession.

En fait, la Mer vous le rendrait.