Du 3 au 9 avril 2008.

L'écodouble est bien plus que le développement durable ou l'économie soutenable.
Aujourd'hui, ces termes à la mode et dévoyés, ne désignent plus que des évolutions de l'économie actuelle, qu'il faut seulement considérer comme des outils de gestion pragmatique de la crise écologique qui commence. Ces outils seront tout juste capables de prolonger légèrement l'actuel système jusqu'à la fin totale et inéluctable du pétrole. Et encore, le feront-ils sans pouvoir éviter les violences extrêmes qui risquent de survenir en conséquence au réchauffement climatique.
Tels qu'ils sont maintenant envisagés et présentés, le développement durable et l'économie soutenable ne redéfinissent pas non plus la consistance de la richesse ni ses modes de répartition. Ils laissent aux financiers les moyens de s'approprier les réserves minérales disponibles partout dans le monde, et essayent seulement d'en rationaliser l'exploitation pour les faire durer. En fait, ils ne révolutionnent pas le système qui reste fondé sur la croissance à tout prix et les destructions écologiques collatérales qui vont toujours avec. Seuls quelques artifices apparaissent. Pour exemple, dans le développement durable, il reste possible de polluer et de détruire. La nouveauté est qu'il faut juste payer pour pouvoir le faire.
Convenons que cette nouvelle pratique n'est en rien une révolution, puisque la dévastation de l'environnement continue, les pauvres deviennent plus pauvres et les riches de plus en plus riches. Pourtant, c'est bien d'une révolution dont l'humanité a besoin si elle veut survivre aux dérèglements à venir. Et cette révolution, il faudrait la mener rapidement, avec une ampleur dépassant  de beaucoup  toutes celles des révolutions passées. Les changements d'habitudes et de modes de vie devront donc, en nombre et qualité, surpasser ceux du Néolithique, qui furent bien plus importants que ceux engendrés par la Révolution industrielle.
Cette "Révolution de la vie", si elle se produit, devra faire en sorte que soient respectées pour l'économie des humains, toutes les Lois de la Physique et non plus quelques règles mathématiques. Son but sera d'aboutir à la mise en place de l'écodouble.

La principale particularité de l'écodouble est d'être ouverte vers l'espace et non pas, à l'instar de l'économie actuelle, enfermée dans le "petit" volume de la Terre.
Pour générer la richesse, l'écodouble vise donc à récupérer l'énergie solaire sous toutes ses formes tout en économisant drastiquement les énergies fossiles. Dans l'écodouble, l'argent n'est pas du pétrole ; c'est la captation de l'énergie solaire qui est l'argent (j'expliquerai plus loin dans le blog ce que je veux dire par le biais de ce slogan).
Mais la richesse dans l'écodouble intègre aussi la santé, le bien-être et le savoir.
Tout autant que l'énergie solaire, l'agriculture intelligente est un autre pilier de l'écodouble. Elle s'appuie sur les sciences, certes, mais surtout sur la science de la biodiversité. La monoculture par exemple s'avère donc une ineptie dans l'écodouble.
La récupération - différente du recyclage -  constitue un secteur d'activité important dans l'écodouble, permettant d'intégrer les exclus de notre système actuel en leur donnant une place économique indispensable et véritablement reconnue. Leur énergie humaine, louée et justement rémunérée, permet d'incroyables économies grâce à sa précision, sa souplesse et sa finesse.
Enfin, la culture, l'éducation, l'instruction, l'apprentissage sont des priorités dans l'écodouble, dispensées chacune à tous les niveaux de la société et pas seulement par une seule institution. 
Dans l'écodouble, le rendement énergétique, au sens physique du terme, est le seul indicateur pris en compte pour juger de la pertinence et de la performance d'un objet économique, ce qui ne peut qu'induire le respect des espaces, des populations, des cultures et des biotopes. Si le rendement énergétique se trouve posé comme arbitre dans les prises de décisions, alors les gaspillages dans tous les domaines disparaissent. Par exemple, n'existent pas les longs déplacements de matières, en masse et tout azimut, tout simplement parce qu'ils sont trop coûteux en énergie.

Je ne vais pas dès le préambule expliquer en totalité ce qu'est l'écodouble. Je pense d'ailleurs que j'en serais bien incapable. Peut-être même qu'il est impossible d'en faire la description complète, tant elle peut se deviner variée, au cas par cas adaptée à la variété des humains et des lieux, avec pour la mettre en pratique une ingénierie ingénieuse, c'est-à-dire tout l'opposé de l'actuelle ingénierie financière.
Dans ce blog, je souhaiterais simplement faire un relai supplémentaire pour des idées et des analyses déjà développées de façon brillante, par des économistes éminents, rigoureux et courageux à l'extrême. La qualité de leurs travaux est incontestable. D'ailleurs, le travail de l'un d'entre eux, à savoir celui de Nicholas Georgescu Roegen exposé dans son ouvrage de 1971 Economie et loi de l'entropie, fut reconnu comme bouleversant par Samuelson, premier lauréat, en 1970, du prix de la banque de Suède en sciences économique en mémoire d'Alfred Nobel. Ce dernier déclara à son propos : " je défie tout économiste informé de rester satisfait de soi après avoir médité sur cet essai " .

Il faut admettre qu'il sera très périlleux de substituer l'écodouble à l'économie actuelle.
Mais le point de départ de la nécessaire révolution sera obligatoirement, la réelle prise de conscience de la part de nos gouvernants, que nous nous trouvons engagés dans une voie économique sans issue. Forts de ce constat, il leur faudra ensuite reprendre le pouvoir des mains des financiers et des industriels auxquels ils se trouvent vilement inféodés.

A ceux qui m'auront trouvé naïf, je rappellerai que dans l'Univers, tout nait, vit et trépasse. Il ne faut donc pas imaginer qu'il en sera autrement pour notre économie et pour l'Humanité. En tant que géologue, je dois simplement dire que la fin de Homo sapiens sapiens viendra d'autant plus tard qu'il aura fait le bon choix pour son système économique. Pour l'instant, mais pour très très peu de temps encore, le choix reste ouvert, entre subir durement ou subir doucement les Lois de la Physique. Comprenez que je fais le rêve de l'écodouble, car pour mon reste de vie, je préfère devoir subir doucement.   
Et pour démontrer le bien-fondé qu'il y a à adopter l'écodouble, il me suffira de rappeler que si les lois des humains, y compris les lois économiques orthodoxes, sont contournables par d'autres lois humaines ou parce que quelqu'un, puissant, à le pouvoir économique de le faire, il n'en est pas de même pour les Lois de la Physique qui sont elles, incontournables et implacables ; pour tous, en tout lieu, pour tout déséquilibre.
Ces réalités sont, hélas pour les humains, irréfragables.