Le Moulin de la Fée, le prototype de moulin aérogénérateur a fait un petit (vous le saviez déjà ; je l'ai écrit souvent sur ce blog) : il s'appelle le Grand Moulin des Places (GMDP) et, c'est désormais officiel, il est le premier, nous l'espérons, d'une longue série.
En effet, non loin de ce très beau moulin trônant au milieu des Pépinières du Val d'Erdre, le 3 décembre dernier, une réunion technique à l'initiative de la Fédération Des Moulins de France s'est tenue à Petit-Mars (44).

La réunion débuta par une intervention de Monsieur Serge Poignant, député de Loire-Atlantique et nouveau Président de la Commission des finances à l'Assemblée. Il a pu rassurer la cinquantaine de personnes présentes sur le statut définitif des moulins à vent vis-à-vis des ZDE (Zone de Développement Éolien) : ces moulins ne sont pas astreints, finalement, à se trouver dans une ZDE pour que leurs propriétaires puissent vendre l'électricité qu'ils pourraient produire. Assurément, cela devrait encourager les restaurations en aérogénérateur (et c'est grâce à Monsieur Mortier et aux arguments qu'il a fourni au député, que celui-ci a pu, de façon éclairée, amender la loi initiale ; voir un des articles précédents dans la catégories "Moulins et énergie").

Et justement, la réunion avait pour but de lancer la campagne "Un moulin par Département" qu'avait imaginé Michel Mortier qui avait voulu voir grand au début de son odyssée.
Cette campagne sera en fin de compte mise en œuvre par EDF qui se propose de superviser, par l'intermédiaire de sa filiale "EDF Optimal Solutions", la restauration en aérogénérateur de 100 moulins en France.
Gageons que vraisemblablement, l'équipe d'entreprises qui avait été constituée pour l'opération du GMDP sera reformée pour chaque moulin.

Ainsi désormais, tous les propriétaires d'un moulin à vent qui voudraient produire de l'électricité avec leur patrimoine se voient proposer les services d'un groupement d'entreprises capable de surmonter toutes les difficultés et résoudre tous les problèmes techniques que représente une telle démarche.
En outre, et ce n'est que justice, Michel Mortier qui a défriché la voie grâce à son prototype du Moulin de la Fée, avec l'aide de quelques personnes et notamment celle de Jean-Pierre Souverville, sera associé à la réalisation de chaque projet.

Pour l'instant, Michel continue à travailler sur son prototype pour peaufiner les réglages qui permettent au Moulin de la Fée d'être de plus en plus efficace dans les très petits vents.
L'inventeur affirme en effet qu'il est préférable que le moulin tourne longtemps à petite puissance plutôt que peu par vents forts qui ne sont pas fréquents à basse hauteur, c'est-à-dire celle des moulins. De plus, "la mécanique s'use moins", dit-il.

Si le GMDP est équipé d'une génératrice asynchrone capable de donner avec ses ailes de 18 m d'envergure une puissance de 35kW (35 000 Watts) sous des vents de 80 km par heure (soit 20 m par seconde environ) car sa situation élevée le permet, le Moulin de la Fée vise à capter quant à lui des vents très faibles de l'ordre de 1.5 m par seconde pour finalement délivrer, avec des vents moyens, une puissance maximale de 12 kW grâce à un aimant permanent.

Pour arriver à ce résultat, le secret réside en partie dans le fait que les ailes Berton dont il est équipé sont une évolution de celles inventées dans les années 1840 par l'ingénieur du même nom.
Michel a en effet réussi à vriller les grands panneaux constituant la voilure de telle sorte que, l'angle d'incidence diminuant a mesure qu'on s'éloigne de l'arbre du rotor, la portance reste constante tout le long de chaque aile quand le moulin tourne.
Bien sûr, les ailes gardent leur faculté à pouvoir se fermer et s'ouvrir comme sur les modèles initiaux qui, au XIXème siècle avaient révolutionné l'industrie meunière.
Dans le monde des moulins un nouveau type d'aile a donc vu le jour grâce à Michel, 160 ans après la dernière avancée dans le domaine, et il faudra bien y regarder désormais lorsque nous verrons des ailes Berton :
il pourra en fait s'agir d'ailes Berton-Mortier.

Concernant la puissance de 12 kW, que certains trouverons faible, il faut rappeler que le Moulin de la Fée est un prototype et que Michel s'en sert d'outil d'expérimentation.
En fait, il cherche actuellement à augmenter le rendement dans les vents faibles et moyens, ces vents étant très fréquents, voire omniprésents. De leur exploitation résulte une importante production d'électricité et par conséquent un revenu financier, par la vente de l'énergie produite, meilleur que celui d'un moulin réglé pour les grands vents, ce type de moulin ne tournant que beaucoup moins souvent ... sous ces vents plus rares.
En outre, il faut signaler aussi que les ailes du moulin prototype ne font que 17 m d'envergure et que celles ci pourraient être alongées. Le moulin de la Fée en tant qu'outil de développement et de recherche, dans une configuration future, aura peut-être de plus grandes ailes et il pourra alors développer une puissance plus grande, toujours sous vents faibles et moyens.
Michel Mortier est un chercheur. Il est chercheur de vent. Il cherche dans le vent du futur. Et il trouve.

Ce qu'il faut retenir de la réunion maintenant.

Les différentes entreprises associées dans l'aventure du GMDP se sont présentées et ont chacune exposé leur rôle.
Il ressort qu'elles sont prêtes à recommencer sur un autre moulin même si la mise au point du GMDP n'est pas terminée, la vente d'électricité à EDF ayant tout de même commencé en octobre dernier.
Il faudra compter avec environ 150 000 euros pour réaliser la partie électricité-automatisme-maitrise d'œuvre, dans la restauration en aérogénérateur.
Et il faudra rajouter au moins autant pour la maçonnerie, la charpente et les ailes, voire plus si l'état de ruine du moulin est avancé.
Le rapport de la vente de l'énergie produite sera d'environ 5000 à 6000 euros par an, au prix actuel mais il va grimper (crise énergétique oblige), et il y aura 1000 à 1500 euros d'entretien à prévoir sur la même période.

Enfin, la Fédératon Des Moulins de France se charge d'accueillir les propriétaires volontaires pour l'aérogénération. Pour chaque cas, elle fera le pré-examen du site, elle décidera sur les bases de son expertise si oui ou non le projet peut aboutir et, si oui, elle orientera alors le propriétaire-candidat vers EDF.

Décidément ! Les associations - et bien sûr les génies-inventeurs - sont indispensables aux multinationales.