Si nous, les gens du Peuple, sommes maintenus dans l’ignorance quant au réel état du Monde, il n’en est pas de même de Monsieur Sarkozy.
Depuis qu’il est Président, il est au fait de tous les aspects de la crise, grâce à tous les moyens d'informations dont dispose le pays.
Ainsi, il sait que les tensions sur les marchés des matières premières ne vont pas cesser de s’amplifier et de s’exacerber du fait de leur raréfaction ; il est au courant que la crise énergétique est déjà là et que le nucléaire n’est pas une solution.
Il n’ignore rien des problèmes que vont générer la croissance démographique mondiale, le dérèglement climatique et le manque d’éducation des populations.
Il est au courant que les terres agricoles se raréfient elles aussi, ce qui rendra impossible, très bientôt, d’envisager de nourrir tous les Humains.
Enfin, certains conseillers lui ont expliqué l’invraisemblance du complexe financier mondial propre à créer crise sur crise.
Hélas ! Bien que parfaitement informé de tous ces problèmes, résultant tous des ravages qu'imposent les exigences de la finance, il s’obstine à défendre le système financier parce qu'il persiste à croire qu'il trouvera une solution à tous les maux.

Il faut dire, pour sa défense, qu’il a beaucoup d’amis et que ces derniers lui téléphonent régulièrement ou passent très souvent le voir dans son Palais pour lui faire un petit coucou et l’encourager, parce que son travail est très pénible.
Dans ces occasions, ils en profitent tous pour lui dire tout le bien qu’il y aurait à prendre des « mesures nécessaires » pour mener à bien des réformes qui permettront que très bientôt la situation s’améliore.
En tout cas, toujours très touché par leurs attentions et leurs encouragements, il n'a qu'une hâte : leur faire plaisir.
C’est bien sûr mauvais plaisir de sa part (au sens "louiquatorzien" contraire) mais il les écoute et fait tout selon les théories de ses amis en qui il a toute confiance. Et il s'en réjouit ! Il a en effet constaté que lorsqu’il fait ainsi ses amis sont heureux : ça le comble de joie !

Cependant, depuis quelques temps, parce que de nombreux pays d’Europe sont réduits à des situations de quasi faillite, toujours au moment du coucher, un doute hante l’âme de notre Président et ce doute le poursuit jusque dans son sommeil.
Et oui ! Le bonhomme se pose des questions !
Et pourquoi ?
C'est simple ! je vais vous le dire.
Alors que depuis 2 ans il dit partout que tout va aller mieux, il a bien remarqué que tout va, finalement, de mal en pis.
En outre, quelques uns de ses conseillers - certes les moins considérés ; ceux qu'il reçoit de temps en temps par pure politesse - ont osé lui dire que la crise n’en était qu’à son début, que d'autres tempêtes arrivent d'ici peu.
Bien sur il n’a jamais voulu entendre ces Cassandres puisque ses amis lui ont bien affirmé que ces gens ne comprennent rien.
Mais, quand même !
Si le jour tout va bien, le soir venu, tout cela tracasse donc notre piaf de l’État, surtout depuis que l’Irlande est sur le grill : le capitalisme triomphant ne triomphe plus, il faut bien se rendre à l’évidence ; même s’il n’est pas question, bien entendu de l’admettre en public.
En fait ce dont il a peur, c’est que nous nous souvenions de ses paroles, dites tout au long des deux années écoulées, annonçant le retour de la croissance et de l’emploi qui va avec (on nous a toujours dit que ces deux là faisaient la paire).
Et ce qui l’angoisse, c’est d'imaginer le jour où il se retrouvera devant les caméras des journalistes, à devoir reconnaître qu’il s’est trompé. Car il se souvient très bien de ce minable Georges Bush Junior, ridicule à essayer d’expliquer sur toutes les télés que « c’était comme un château de cartes qui s’effondre » alors que la bombe des crédits hypothécaires venait d’éclater.

Enfin bref ! Depuis plusieurs mois notre Prédisant fait des cauchemars. Tous les soirs, avant de dormir, il en parle à son épouse :
- Tu sais Carlita, j’ai de plus en plus peur de m’endormir. Chaque jour, c’est pire que la veille.
Je te l'ai déjà dit. Dans mon cauchemar, c’est toujours la même chose : tout le système s’écroule, tout le monde se moque de moi, tous mes amis sont ruinés. Et nous aussi, nous perdons tout notre argent.
- Mon pauvre Chouchou. Tu travailles trop et tu imagines à cause du stress des choses qui ne peuvent pas être. Tu devrais venir faire de la musique ou du cinéma avec moi ; tu ferais des rêves bien plus jolis.
- Mais non ! C'est pas ce que tu crois. Ils m’ont tout expliqué au bureau. Et tu sais pas la nouvelle ?
- Non, je sais pas mon Boubou.
- Et bien je vais te le dire. Il y a des méchants amis de mes amis qui n’ont pas respecté la « main invisible du marché » qui régule tout et maintenant c’est tout cassé dans le Marché et ça ne marche plus.
- Mais tout ça c’est des histoires ! Moi, j’écoute les informations tous les soirs à la télé et ils ne parlent pas de tout ça. Donc il n’y a pas de problème. Allez ! On dort maintenant mon Chouchou. Je suis épuisée. J’ai fait les boutiques toute la journée et tu sais combien cela me fatigue. Bonne nuit mon Foufou. Bais de feaux rêves.
- Ah ben non ! Ne dis pas ça ! Ça va être pire.
- Oh pardon mon Gougou. On en reparle demain, d’accord ? Bisous tout plein et bors dien

Une fois la lumière éteinte, Nicolas se sentit tout petit et seul au Monde : Carla dormait déjà, en suçant son pouce.
Il se passa un très long moment avant que le sommeil n’arrive à le submerger : longtemps il l’avait repoussé, à cause de la peur du cauchemar.
Mais maintenant, il est au pays des rêves. Et il lui vient une idée (heureusement avant le cauchemar) :
- Et si je demandais des conseils à tous mes collègues Présidents pour savoir comment il faudrait que je fasse ! La situation l’exige. Oui ! C’est ça ! Il faut que je les convoque tous. Ils me donneront de bons conseils eux. C’est des Présidents eux ! C’est pas comme tous les autres au bureau. Que des bras cassés et des cervelles vides !

Et voilà qu’à peine l'idée eue, émergeant de nulle part, ils arrivent tous !
En tête, Charles de Gaulle, suivi de Pompom, Précieux, Mitron et, fermant la marche, Jacquot le croquant .

Il y a une grande table, de beaux fauteuils et, tout autour, rien d'autre.
De Gaulle s’assoit et dit : « Messieurs ! Asseyez-vous. »

(À suivre)