Le 16 novembre dernier, j'étais à Paris.

Durant deux jours, j'ai eu le privilège de suivre une formation sur le sujet des rapports que l'entreprise entretient avec la biodiversité.
Le cadre était celui d'un bel immeuble haussmannien de l'Avenue Georges V : La grande classe !
Un bel escalier, de belles moquettes, de belles moulures, de beaux parquets et de belles portes sous de hauts plafonds. Bref ! des choses d'un autre temps, pas du tout écologiques tant elles consomment énergie et matières mais qu'il faut conserver néanmoins, sous réserve de très importantes améliorations des performances thermiques du bâti.

Les intervenants :
Il s'agissait de deux personnes ; la première chef d'une entreprise de génie écologique, la seconde directeur d'un Institut et occupant un poste de responsable à la ligue ROC.
Ils ont été forts. Ils sont brillants.

Le sujet :
Je ne m'attarderai pas sur le contenu de la formation car il m'est difficile de résumer deux jours aussi riches. Mais il nous a été démontré par A+B, que toute entreprise, et peu importe sa taille, dépend à 100% de la biodiversité.
Petite note négative, pas sur le sujet même : le repas de midi ! C'était des "cartons-repas" luxueux et d'un coût écologique déraisonnable : tout le monde en a fait la remarque.

Les participants :
Une dizaine.
Toutes et tous ingénieurs ; sauf moi ! (Cela m'a rappelé le temps de ma terminale D : j'étais le dernier en math et durant ces cours, ma chaise était toujours appuyée en équilibre contre la grille entourant le poêle à mazout ; au fond de la classe, faut-il le préciser).
Polytechnicien, Centralien, Ponts et quelques autres écoles. Essentiellement des consultants ou membres de cabinets d'audits.
Il y avait quand même une responsable de la SAUR (dommage qu'elle n'ait pas été accompagnée par certains de ses homologues de Véolia ou CEO ! Comme quoi qualité de l'eau et biodiversité ne vont pas encore ensemble, même pour ceux qui vivent de la distribution du précieux liquide, indispensable à tous les êtres vivants).
Donc ! Bon point pour la SAUR ! Et mauvais point à Véolia ! Véolia s'en fout car Véolia lave plus vert que vert. C'est le principal ; ou plutôt le capital, avec intérêt à 3 chiffres.

Mais je reviens aux participants. Parmi eux, celle que j'appellerai TH.
Employée dans un cabinet d'audit et de bilan carbone, le nec plus ultra du genre en France.
La trentaine à peine et déjà un CV à faire pâlir tous mes très nombreux chefs.
Discrète, intelligente, attentive, modeste, humble, pondérée ... et charmante de surcroît ! Un esprit sain dans un corps sain ! Une humanité !
Lorsque, à un moment de la formation, l'un des intervenants a insisté sur le fait que le génie écologique, qui intervient sur le vivant, n'est pas une science exacte, que le résultat de son emploi n'est pas garanti ni planifiable et que les entrepreneurs à qui on présente ses potentiels hésitent par conséquent à décider de son emploi, TH a levé la tête de son ordinateur portable sur lequel elle s'appliquait à tout noter de ce que l'on nous dispensait. Elle a tout de suite su se projeter dans l'avenir (c'est beau les cerveaux bien fait) pour dire, en substance, qu'il revenait aux cabinets de conseils d'expliquer aux patrons, et à ces derniers de comprendre, que la situation énergétique et environnementale mondiale ne permettait pas d'attendre que tout soit modélisable et que d'ailleurs certaines choses ne pouvaient pas l'être. Qu'ainsi dans le domaine de la vie, l'incertitude sera toujours de mise. Que c'est un fait incontournable. Et que désormais, toutes les entreprises du monde doivent comprendre que leur intérêt passera avant tout par la protection de la biodiversité sans chercher à vouloir en percer le mystère du pourquoi : seul le bon-sens et l'observation devaient compter en la matière.
Je ne sais plus comment elle l'a dit exactement. Mais comme elle l'a dit, c'était concis et lumineux. Il y avait beaucoup de force dans ces paroles. Et beaucoup d'espoir aussi.

Durant les deux pauses, celle du matin et de l'après-midi, puis à la fin de la journée, TH a accepté de répondre à nos questions pressantes sur l'état énergétique du Monde et le niveau de prise de conscience écologique dans les sphères dirigeantes des multinationales pour lesquelles elle travaille tous les jours.

Réponses pas très encourageantes !
Les réserves sont à plus de la moitié entamées (= pic du pétrole dépassé) et les patrons des grandes boites, devenus financiers par le fait qu'ils sont rémunérés en grandes partie par "stock-options", ne sont pas du tout, mais pas du tout, disposés à penser écologie avant économie. Pour eux, les mesures environnementales restent des contraintes qu'ils cherchent à éliminer : ni plus, ni moins.
En expliquant cela, elle s'est même laissée aller à dire que parfois, devant le mur d'inconscience, elle préfèrerait planter des patates dans sa région natale.

Mais j'ai gardé ce que je crois être le meilleur pour la fin.
TH nous a en effet confié deux choses qui devraient ravir et conforter les antis-nucléaire.
D'abord, elle nous a raconté que son chef était début novembre (2009) dans le bureau de Nicolas Sarkozy, joyeux de son alors récente décision de faire construire un second EPR. Hélas pour lui ! Notre Président s'est trouvé fort déstabilisé et décontenancé quand son invité, expert en la matière, lui a affirmé que le nucléaire ne sera jamais une solution pour le long terme. Sarkozy est donc prévenu de l'ineptie de ce type d'énergie et il ne pourra pas dire, "dans pas longtemps", qu'il ne savait pas.
Ensuite, pour répondre à une question portant sur le bilan carbone total des centrales nucléaires, elle nous a informés que ce dernier venait d'être fait sérieusement depuis peu seulement.
En effet jusqu'alors, ce bilan n'était que partiel et très favorable à cette industrie. En réalité le bilan carbone total des centrales nucléaires est catastrophique.
Mais qui en doutait ?!?