Ils sont nombreux, les amoureux de la Nature, à vouloir aider les abeilles dont on nous dit qu'elles sont en danger du fait des pollutions qui imprègnent tout notre environnement.
Alors, voulant agir au lieu de rester les bras croisés, ils décident de se lancer en apiculture et mettent en place des ruches dans leur jardin.

L'intention est bonne mais cela s'avère ne pas être la bonne solution. En effet, d'après certains entomologistes, parmi lesquels des "naturalistes en colère" ayant participé à l'impressionnant inventaire contradictoire de Notre-Dame-des-Landes, ce qui nuit autant aux abeilles en général que les insecticides, c'est le manque de nourriture disponible dans notre environnement. En d'autres termes, il n'y a pas assez de haies arbustive et arborées, de prairies fleuries naturelles, de bosquets, de landes sauvages ou de jardins un tantinet ensauvagés.

En outre, nous ne devons pas oublier que les abeilles, ce ne sont pas seulement celles qui remplissent les ruches des apiculteurs.
En effet, plus de 90% des abeilles sont des abeilles dites solitaires, c'est-à-dire qu'elles ne vivent pas en colonie, et que toutes seules elles doivent trouver logis et couvert pour leur progéniture. Lorsque ces pauvresses se trouvent mises en concurrence avec des colonies, de plus en plus nombreuses, de nos abeilles domestiquées, bien choyées dans des ruches, les vaillantes solitaires se retrouvent en danger de disparaître car elles demeurent incapables de lutter contre la formidable productivité qui caractérise une ruche en bonne santé, les centaines de milliers ou millions d'ouvrières d'un rucher du genre Apis ne laissant, dans leur zone d'action urbanisée, ou semi-urbanisée en secteur d'agriculture intensive, que peu de nectar et de pollen à leurs collègues des autres genres, pourtant très bonnes pollinisatrices elles aussi.

En l'état donc, hélas, multiplier le nombre de ruches dans les jardins risque fort d'appauvrir considérablement la biodiversité. Paradoxe ennuyeux mais il en est ainsi avec nous les Humains : quand nous prenons conscience d'un problème écologique, nous essayons d'y remédier en adoptant une réponse simpliste, ou trop simple, ce qui au final renforce le mal contre lequel nous entendons lutter, par le fait d'un manque de connaissances concernant la Nature et la complexité de son fonctionnement.

Il faut donc apprendre et apprendre encore sur notre environnement. Et dans le cas des abeilles, qui sont effectivement en grandes difficultés, nous devrions plutôt nous consacrer à leur fournir des espaces sains, certes, mais aussi bien pourvus en nourriture plutôt que nous précipiter dans les magasins de jardinage, pour acheter le très onéreux matériel du parfait apiculteur.
Ainsi, nous tous, si nous voulons vraiment sauver les abeilles, nous devons planter des arbres et des arbustes qui ne viennent pas de chez Mickey (expression imagée pour dire : laissons tomber les fleurs hybrides et les arbres et arbuste exotiques vendus dans les supermarchés du jardinage). Devenons des jardiniers intelligents, admiratifs devant un pissenlit, un sureau, une renoncule, une ronce, une carotte, une chicorée, une épiaire, une épilobe, une molène, un noisetier, qui aurait la bonne idée de pousser dans notre jardin, toutes et tous sauvages et bonnes sources de nourritures pour nos indispensables amies et alliées de la classe des insectes.
En même temps, laissons du bois mort sur pied ou en tas dans des coins de nos parcelles, ainsi que des tas de briques ou de cailloux, pour les abeilles solitaires. Accessoirement, installons quelques petits hôtels à leur intention composé d'un morceau de bois percé de trous.
Enfin, mais surtout, n'hésitons jamais à rendre visite à notre maire, pour lui dire qu'il est temps :
- d'arrêter avec les pesticides épandus partout, payés avec nos impôts à des multinationales génocidaires ;
- de concevoir les espaces verts communaux autrement que ceux réalisés d'ordinaire ;
- d'envisager aussi, très sérieusement, une politique communale de plantation de haies bocagères, de restauration de prairies fleuries et de rétablissement des zones humides.
Là, il faudra lui préciser que tout cela devra se faire sous la conduite de bureaux d'études en Génie écologique et surtout pas sous la direction imbécile d'un architecte paysagiste, véritable spécialiste du béton végétal. Et à propos de béton, il ne faudra pas manquer de lui signifier, enfin, que la politique du bétonnage généralisé que l'édile moyen français a l'habitude de mener ne doit plus être la règle.

Un fait est certain : seulement ces actions feront que, peut-être, les abeilles survivront.