Vous l'avez déjà remarqué, depuis environ quinze ans, un super engin fait désormais partie de la panoplie du cantonnier municipal : Le souffleur ; de marque allemande de préférence, car "zé plu zolide et za vé plu zérieu".
Bien souvent cet instrument de progrès s'emploie par grand vent, de sorte qu'il disperse les feuilles plus qu'il ne les rassemble, son intérêt principal, de faire du bruit et de consommer de l'essence, apparaissant dès lors sans ambiguïté.
Dans tous les cas, nous nous retrouvons à ouïr un boucan peu courant offert par une équipe pléthorique de travailleurs du "développement durable".
Mais ce magnifique appareil ne sort pas tout seul. Les salariés jaunes et verts qui les pilotent mettent en œuvre après lui un aspirateur de voirie, tout aussi très audible, voire plus, intégré plus ou moins au véhicule à moteur thermique qui récupère les feuilles.
Voyez donc ci-dessous, un modèle en service dans la Communauté de Communes du Grand Toulouse :

Aspirateur à feuilles

Lorsque je faisais mon service militaire, il m'a fallu ramasser des feuilles, une bonne partie de l’automne 1988, avec des collègues appelés, sur les grands espaces verts d'une base aérienne.
Que nous étions sots, nous, les plantons !
Armés simplement de pauvres râteaux à gazon nous faisions de grands tas de feuilles que nous chargions dans de larges remorques à l'aide de minables bâches en plastique. Nous allions si vite, que les poses étaient nombreuses et ce malgré les continuelles discussions que nous avions tout en travaillant. Toutes les feuilles, enfin, finissaient en compost pour servir à amender les parterres de fleurs devant les bâtiments de la base.
Nous avons vraiment souffert à cette époque !

Alors, reconnaissons que c'est beau le progrès !
Au moins, les "ramafeuilleurs" d'aujourd'hui ont de la chance. La tête prise en étau dans un casque anti-bruit, ils ne se parlent plus. Ils font de l'exercice à porter des outils relativement lourds de haute technologie, ils respirent un air sentant bon la "vraie civilisation" et animent agréablement des quartiers entiers, les riverains les observant, le regard vide, sans leur adresser la parole, tandis que leurs récoltes de feuilles - c'est génial ! - finissent dans une décharge, en tas éparpillés parmi d'autres de terres, de balayures de voiries et de gravats divers.
Vraiment, oui ! espérons que le progrès ne s'arrêtera jamais !