Deux anciens Premiers ministres et deux anciens ministres se sont fendus, le 14 octobre dernier, d'une tribune commune dans le journal Libération.
"Ce quarteron de ministres en retraite" préconise que la voix des scientifiques pèse désormais dans la prise de décision et que ne soit plus entendue, seulement d'après eux, la voie de minorités bruyantes et excessives.
Lisez plutôt :

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"Nous assistons à une évolution inquiétante des relations entre la société française et les sciences et techniques. Des minorités constituées autour d’un rejet de celles-ci tentent d’imposer peu à peu leur loi et d’interdire progressivement tout débat sérieux et toute expression publique des scientifiques qui ne partagent pas leurs opinions. L’impossibilité de tenir un débat public libre sur le site de stockage des déchets de la Cigéo (site souterrain de stockage des déchets hautement radioactifs proposé par l’Andra) est l’exemple le plus récent de cette atmosphère et de ces pratiques d’intimidation, qui spéculent sur la faiblesse des pouvoirs publics et des élus.

De plus en plus de scientifiques sont pris à partie personnellement s’ils osent aborder publiquement et de façon non idéologique, des questions portant sur les OGM, les ondes électromagnétiques, les nanotechnologies, le nucléaire, le gaz de schiste. Il devient difficile de recruter des étudiants dans les disciplines concernées (physique, biologie, chimie, géologie). Les organismes de recherches ont ainsi été conduits à donner une forte priorité aux études portant sur les risques, même ténus, de telle ou telle technique, mettant ainsi à mal leur potentiel de compréhension et d’innovation. Or, c’est bien la science et la technologie qui, à travers la mise au point de nouveaux procédés et dispositifs, sont de nature à améliorer les conditions de vie des hommes et de protéger l’environnement.

La France est dans une situation difficile du fait de sa perte de compétitivité au niveau européen comme mondial. Comment imaginer que nous puissions remonter la pente sans innover ? Comment innover si la liberté de créer est constamment remise en cause et si la méfiance envers les chercheurs et les inventeurs est généralisée, alors que l’on pourrait, au contraire, s’attendre à voir encourager nos champions ? Il ne s’agit pas de donner le pouvoir aux scientifiques mais de donner aux pouvoirs publics et à nos concitoyens les éléments nécessaires à la prise de décision.

Nous appelons donc solennellement les médias et les femmes et hommes politiques à exiger que les débats publics vraiment ouverts et contradictoires puissent avoir lieu sans être entravés par des minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes. Il est indispensable que les scientifiques et ingénieurs puissent s’exprimer et être écoutés dans leur rôle d’expertise. L’existence même de la démocratie est menacée si elle n’est plus capable d’entendre des expertises, même contraires à la pensée dominante."

Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, ancien président du Conseil constitutionnel
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Recherche et de la Technologie, ancien ministre de la Recherche et de l’Industrie, ancien ministre de l’Education nationale, ancien ministre de la Défense
Alain Juppé, ancien Premier ministre
Michel Rocard, ancien Premier ministre.

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Eh bien, souvent la vieillesse est un naufrage !
Elle l'est dans tous les cas pour ceux qui dès leur jeunesse ont eu à vivre avec des dysfonctionnements de leur intelligence les menant à penser que la croissance et la science appliquées à la technologie sont les mères de toutes les solutions.

Heureusement, d'aucuns se sont chargés de répliquer à cette pitoyable tribune. Par exemple, le journaliste Fabrice Nicolino a réagi sur son blog de façon éclairante, et documenté sur le passé de ces quatre privilégiés de la République, lui qui fut très injustement décrété "écotartuffe" du journal "La Décroissance" dans sa version Vincent Cheney.

Pour ces quatre là, il faut donc écouter les scientifiques dans les débats publics !
Oui, mais lesquels ?
Ceux qui sont payés par des firmes pour faire de la recherche appliquée ? (ceux-là même que nos politiques sont invariablement enclins à écouter).
Ou ceux qui font de la recherche fondamentale, dans les laboratoires qui restent encore financés sur fonds publics et qui font souvent partie des minorités "terroristes de la pensée"? (ceux-là ne sont pas écoutés et certains d'entre eux finissent dans un placard pour avoir essayé de trop parler dans les médias ; comme par exemple le Professeur Vélo sur le sujet des OGM).

En d'autres termes, dans le non-débat de Notre-Dame-des-Landes, faut-il écouter les ingénieurs scientifico-financiers de VINCI - ceux-là ayant seuls l'oreille attentive de notre très honnête Premier ministre ?
Ou faut-il considérer l'avis des scientifiques naturalistes indignés, pas entendus par les politiques, parmi lesquels se trouvent les meilleurs spécialistes faune-flore nationaux, qui ont fait bénévolement l'inventaire quasi-exhaustif du vivant sur la Zone A Défendre, du moins d'un niveau de précision jamais atteint ? inventaire qui vient en tout point contredire celui de l'étude d'impact truquée par un préfet qui est désormais employé chez VINCI ; VINCI multinationale humaniste aujourd'hui contrainte d'expliquer à la Justice ses liaisons avec la mafia russe.

En d'autres termes encore, devons-nous entendre la majorité des géologues, moqués et traités de rétrogrades, qui affirment que le gaz de schiste n'a aucun avenir et qu'il ne constitue en rien une solution ?
Ou bien nous laisser bercer par les ingénieurs de Total, ou d'une quelconque autre compagnie pétrolière, qui mentent en affirmant le contraire de ce que montre la réalité des chiffres d'exploitation des puits de gaz, ceux-là même pour qui roulent nos quatre vieux zozos.

Allez ! Finalement, ils ne perdent pas encore la tête, ces vieux aristocrates de la République. Jusqu'à leur dernier souffle ils resteront serviteurs sans conscience du monde de l'argent.
Ces salaud nous la jouent "grands sages", du haut de leurs ans mal employés, pour essayer de nous convaincre encore - alors que leur bilan c'est le déclin de l'Humanité - qu'il n'y a pas d'alternative à leur méthode mortifère qui consistent à laisser faire les capitalistes qui font du fric en détruisant la Nature toujours davantage.

Oui, il faut écouter les scientifiques ! Mais seulement les bons ! c'est-à-dire ceux qui ne sont pas scientistes, ceux qui n'ont pas d'intérêts, ceux qui philosophent et observent autour d'eux tout autant qu'ils sont à leurs études.
Ceux-là sont indispensables, pour nous avertir et pour nous enseigner, si nous voulons un jour voir l'écodouble s'établir. L'écodouble, la seule solution d'avenir.