De nos jours, en France, mais aussi presque partout en Europe, ils sont pléthores les moulins à vent sans ailes ni chapeau, restant droits sur le fond du ciel, tels d’improbables et désuètes tours de guet.

Ne pourraient-ils pas cependant retrouver des ailes pour se relancer dans une nouvelle vie ? Et participer de nouveau pleinement à l’économie du pays dans le secteur économique qui lui est le plus vital, à savoir celui de l’énergie ?
La réponse est OUI !

OUI ! Oui, mais comment faire ?
Car jusqu’à présent c’est bien trop souvent que des amoureux des moulins s’obstinent à ne les voir que pour ce qu’ils étaient dans le passé et non pour ce qu’ils pourraient être dans le futur.
En effet, ces nostalgiques, ces puristes, par ailleurs indéniablement méritantes et méritants pour leur courage, dépensent beaucoup d'argent et une énergie immense pour, systématiquement, choisir de reconstituer leurs moulins afin de leur faire moudre du grain.
Il en résulte deux choses.
La première est que presque toujours leur superbe réalisation ne sert qu’une fois par an, le jour d’une « Fête de la farine » qui s’essouffle les années passant, si bien qu'après seulement quelques fêtes, leur « œuvre » arrête de nouveau de tourner, les bénévoles et le public lassés condamnant le fier bâtiment à s'en retourner lentement vers un nouvel état de délabrement.
Quant au second résultat, tout aussi malheureux, c'est qu’ils ancrent dans l’esprit collectif que les moulins, durant toute leur Histoire plurimillénaire, n’auraient servi qu’à moudre du grain et à nulle autre tâche.

Pourtant, lorsqu’on s’intéresse réellement à l’Histoire des moulins, on découvre très vite que, de la meule à main primitive au moulin à farine tel que nous le connaissons avec ses ailes Berton, l’évolution fut longue, difficile, pénible, progressive mais aussi, et surtout, plurielle.
Ainsi, on découvre que les moulins ne furent pas seulement des machines pour les meuniers : ils servirent aussi à faire de l’huile, à broyer des écorces ou de la canne à sucre, à rouir du lin, tout comme ils actionnèrent des pompes, des scieries, des forges et des filatures. Il arriva même, et c’est chose très remarquable, qu’entre les deux guerres mondiales, en Kabylie, ils produisirent de l’électricité pilotés qu’ils étaient par des électromécaniciens.

Ainsi, donc, durant les six derniers millénaires, l’évolution de la technique des moulins permit de satisfaire à des besoins variés et à des productions allant toujours croissantes, et cela jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, qui fut le moment où tout changea dans le monde de la molinologie par le fait de la révolution que constitua le développement des différents types de moteurs.
Alors, les moulins à farine cédèrent la place à des minoteries, ou bien se virent adjoindre une vieille locomotive à vapeur abritée dans un bâtiment adossé au fût du moulin. Et pour ce qui est des moulins des usines, leurs ailes furent démontées et leurs maçonneries, quand elles ne furent pas rasées, disparurent enserrées au milieu de bâtiments de plus en plus imposants : La force du vent était abandonnée, remplacée par la force mécanique et électrique.
Même si de rares moulins ont tourné jusque dans les années 50, cela fait donc un siècle que les moulins à vent n’animent plus le paysage par le majestueux tournoiement de leurs ailes,
Cependant, le vent, lui, souffle toujours … et il fait désormais tourner des éoliennes pour produire de l’électricité, cette énergie si nécessaire et si demandée par notre économie ultra moderne et innovante.
Dès lors, l’idée de voir les anciens moulins à vent délaissés complémenter la production électrique de leurs cousines géantes vient rapidement à l’esprit.
Il y a quelques décennies, cette idée aurait été condamnée à être classée dans le domaine des rêves. Heureusement, ce n’est plus le cas désormais.
En effet, depuis une dizaine d’années, une solution technique, à la fois innovante, très efficace et aboutie, permet de transformer un ancien moulin, ruiné ou pas, en un aérogénérateur d’électricité entièrement automatique, capable de gérer sa sécurisation de façon autonome. Cette solution technique s’appelle « Concept Moulin de la Fée ».

De fait, si ce n’est l’obstination des « puristes » de la production de farine, plus rien n’empêche maintenant que les moulins à vent candidats à une restauration retrouvent une place très importante dans notre économie, en produisant de l’électricité durant cinq à six mille heures par an dans les situations les plus optimales, même par petits vents, s’avérant ainsi de parfaits complémentaires des grandes éoliennes qui ne tournent que par grands vent. En outre, cette voie de réhabilitation permet que les subventions publiques, ordinairement attribuées pour ce genre de restauration du patrimoine, servent tout autant, mais indirectement, à la création d’emplois pour assurer la maintenance des capacités productives de ces moulins « nouvelle génération ».
Précisons enfin, qu’en terme de coût, restaurer un moulin à vent pour qu’il produise de la farine une fois par an coûte plus cher que de le restaurer afin de lui faire produire de l’électricité, parfois les deux tiers de l’année quand l’environnement géographique du moulin le permettent.
En effet, si les frais de remises en état des maçonneries et des charpentes, ainsi que les frais d’aménagement des abords du moulin, sont les mêmes pour les deux voies de restaurations, le système de meunerie est très sensiblement plus onéreux, surtout s’il faut le reconstituer entièrement, ce qui revient alors à doubler le prix du poste « production ». Et ce n'est pas tout : les coûts d’exploitations du moulin à farine sont plus élevés, les personnels capables de gérer de tels moulins sont très rares, tandis que la maintenance délicate de la meunerie et les actuelles normes sanitaires à respecter, afin de pouvoir vendre la farine produite, augmentent encore les coûts d’exploitation.

Pour ce qui est de l’apparence, rien ne distingue un moulin à vent producteurs de farine d’un autre produisant de l’électricité grâce au Concept Moulin de la Fée, sinon que ce dernier tournera bien plus que le premier. Mais le plus surprenant restera le fait que celui qui produira de l’électricité pourra aussi produire de la farine (alors que l’inverse ne sera possible que par de complexes manutentions et une constante présence humaine) : il suffira pour cela de l’équiper d’une mini-meunerie que la génératrice du moulin alimentera en électricité.

En conclusion, nous dirons que lorsque les moulins à vent ont arrêté de fonctionner, il y a un siècle, leurs possibilités d’évolutions n’étaient pas closes pour autant.
En fait, après avoir connu une longue série d’améliorations au cours des âges, avec notamment les ailes Berton, les moulinets d’orientation, les régulateurs à boules, mais aussi bien d’autres avancées techniques antérieures, la molinologie n’attendait plus que le saut technologique important que fut l’apparition de l’électronique, des automates programmables industriels et des génératrices à aimants permanents.
Grâce à ces nouvelles technologies, le moulin à vent peut désormais regagner une place économique très importante en produisant de l’électricité verte et locale, et cela tout en conservant son aspect et son charme d’antan.