Ecodouble

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 29 décembre 2017

ÉNERGIE & économie, ou l'économie dévoilée (Partie 1)

Avertissement

Le texte qui suit est une retranscription de deux conférences qu'il m'a été donné de faire, la première à Quimper le 16 avril 2015, la seconde sur le Marion Dufresne le 27 décembre 2015.
Ce que vous allez lire ci-dessous constitue un point de vue hétérodoxe et réaliste sur l'actuelle économie mondiale, point de vue de gens très intelligents et non intéressés financièrement que j'essaye de relayer à ma manière.
Parce qu'elle est réaliste, cette interprétation du phénomène économique n'est en rien pessimiste, les pessimistes, et les optimistes, exprimant des opinions qui sont leurs vérités, celles-ci devant beaucoup plus à la rhétorique qu'à des analyses scientifiques. Il ne s'agit donc pas pour moi de vous exposer une vérité mais bien de vous présenter ce qui est peu ou prou la réalité de notre système économique .
Le raisonnement qui conduit à la mise au jour de cette réalité économique a pour guide les Lois de la Physique, ces dernières étant toutes incontournables et immuables et n'ayant que faire des pensées ou des idées, fussent-elles nées dans les cerveaux de personnages fameux, pour ne pas dire fumeux, et fussent-elles brillantes en termes de rendements financiers immédiats - à quelques époques passées ou actuelles.
Enfin, dans l'exposé, lorsque viens le moment où est introduite la notion d'entropie, l'outil mathématique statistique ordinairement associé à cette notion est laissé de coté. Cela n'enlève rien à la rigueur de l'analyse, d'autant que - peut-être fais-je là de la rhétorique ?! - les processus énergétiques jouant dans l'économie sont si complexes qu'ils demeurent impossibles à modéliser parfaitement alors qu'une simple approche "scientifico-naturaliste" peut suffire à dévoiler la réalité dans ses grandes lignes, sans ambiguïté pour ce qui est de la détermination des conséquences environnementales et sociétales à attendre.
Une petite bibliographie à la fin de l'exposé vous permettra de découvrir quelques unes des "sources de réalisme" si vous le souhaitez.

Première partie

Généralités : Histoire et définitions

Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous devons commencer par quelques définitions.

En premier, lieu il faut savoir que le domaine de la Physique qui étudie les échanges d’énergie et de matières entre les systèmes et leur environnement s’appelle la thermodynamique.
Ici, il nous faut admettre qu'un système est une partie arbitraire de l’espace que l’on isole par la pensée. Un système peut ainsi être un moteur, où bien un ballon de baudruche, ou bien encore un foyer de cheminée, voire, pourquoi pas, une planète et son étoile ; en fait n'importe quel espace bien délimité peut être désigné en tant que système en thermodynamique.

La deuxième chose à savoir est la définition de l'énergie.
Mais avant de vous la dire, je fais le curieux et vous demande si quelqu'un parmi vous pourrait donner une définition de l'énergie ? Bien entendu, nous parlons de l'énergie dans le sens "Physique du terme", et pas de l'énergie que les politiques vous demandent de déployer pour vous encourager à participer "vivement" au redressement de la situation économique du pays, cela pour la grande satisfaction financière d'eux-mêmes et de leurs amis ploutocrates.
Pas de volontaires !?! Que des timides ?!
Ce n'est pas grave ! En fait, peu de personnes sont capables de donner une définition de l'énergie, y compris parmi les ingénieurs ou les professeurs de Physique de l'éducation nationale - j'ai fait l'expérience de poser la question à nombre d'entre eux.
Heureusement, quand on ne sait pas, il y a le bon vieux dictionnaire Larousse. Et à ce propos, celui-ci nous dit que l'énergie "est une grandeur mesurant la capacité d'un système à modifier l'état d'autres systèmes avec lesquels il entre en interaction."
L’énergie est donc contenue dans la matière présente dans les systèmes, et en y regardant de plus près, on pourrait même dire que l’énergie est une monnaie dans les échanges entre systèmes aux moments où surviennent des phénomènes physiques ! Une monnaie qui serait le Joule, unité de mesure de l'énergie dans le Système International (anciennement, elle se comptait en calorie, une calorie valant 4,18 Joules).

Deux parenthèses ici :
- La première pour dire que les nutritionnistes, du fait d’une mauvaise habitude, parle d'une calorie alimentaire pour désigner 1000 calories d’énergie « physique », soit 1 kilocalorie, c’est-à-dire 4,18 kilojoules. Ainsi, la ration alimentaire journalière de 1800 calories nécessaire à une femme adulte représente en réalité 1800 kilocalories du physicien, soit 7524 kilojoules (1800 x 4,18 = 7524 kJ) ; ce qui équivaut à environ 7,5 mégajoules (7,5 MJ).
- La seconde pour faire remarquer que la notion d’énergie étant assez floue de prime abord, des gens, souvent mystiques, y ont vu une sorte de fluide pouvant passer d’un objet à un autre ou d’une personne à une autre, et là, il faut l'affirmer sans honte, la Science Physique ne s’intéresse pas à ces « impressions » qui, ni vérifiables ni réfutables, ne peuvent être prouvées.

Les formes principales de l’énergie

Nous le savons toutes et tous, même si cela peut rester flou dans notre esprit, mais l'énergie s'exprime sous différentes formes. Vous pouvez trouver :

- De l'énergie mécanique , ou énergie cinétique, qui génère des mouvements (ceux de votre voiture par exemple) ;

- De l'énergie électrique , qui résulte de déplacements de charges électriques (électrons ou ions) au sein de champs électriques et magnétiques (c'est l'énergie que consomme votre télé lorsque vous la regardez) ;

- De l'énergie thermique , qui est l'expression de l'agitation des particule d'un corps (Notons ici que la chaleur d’un corps est la somme des énergies cinétiques - tiens ! De l'énergie cinétique dans l'énergie thermique ! preuve s'il en est que l'énergie est bien une seule et même entité ! - la somme des énergies cinétiques disais-je, de toutes les particules qui constituent ce corps. Ainsi, un thermomètre mesure l’énergie cinétique totale des particules d’un corps. Et attention ! chaleur et température ne sont pas une même chose : si l'énergie thermique dépend, entre autres, de la température qu'il fait, la chaleur, elle, représente un transfert d'énergie thermique entre deux milieux).

On trouve aussi :

- De l'énergie lumineuse ou rayonnante , celle contenue dans les différentes radioactivités, les rayons X, les UV, la lumière visible, les infra-rouges, cette énergie se propageant sans transport de matière, sous forme d'ondes ;

- De l'énergie sonore , qui s'exprime sous la forme d'ondes se propageant seulement dans la matière ;

- De l'énergie nucléaire , qui est l'énergie à l'origine de la force de cohésion des nucléons dans les noyaux des atomes (E = mC²) ;

- De l'énergie chimique , qui, d'origine électrique et contenue dans les liaisons chimiques entre atomes, génère les forces liant les atomes entre eux pour faire des molécules ;

- De l'énergie osmotique , qui, omniprésente dans le vivant, génère des mouvements d'eau au travers de membranes séparant des solutions aqueuses de concentrations différentes (l'eau traverse une membrane, qui peut être une paroi cellulaire, de la solution la moins concentrée vers celle la plus concentrée).

Mais en matière d'énergie nous savons aussi d'autres choses !

En effet, toutes et tous, de par notre apprentissage et notre instruction, et même d’instinct, nous savons qu’il y a un sens vers lequel des systèmes vont évoluer lorsqu’ils mettent leur énergie en jeu. Pour m'amuser, je dirais qu'avec l’énergie, il faut avoir du bon sens !
Ainsi, on sait que si on lâche une pierre que l'on tient dans la main, elle tombe ; et elle ne s'élève surement pas vers le ciel, ni ne reste en sustentation.
On sait aussi que lorsque le moteur d'une voiture fonctionne, le niveau de carburant baisse dans le réservoir jusqu'à se vider complètement, qu'en aucun cas il ne se rempli sans un passage à la pompe à essence, et que son pot d'échappement dégage des gaz qui se perdent dans l'atmosphère.
De même, on sait qu'un ballon de baudruche qui vient d'être gonflé se vide lorsque son extrémité est lâchée ; et, dernier exemple, on a bien compris depuis longtemps qu'une bombe qui tombe sur une maison en brique fait un tas de briques, alors qu'une bombe explosant sur un tas de brique ne fait pas une maison en brique. Dans ces quatre exemples ce sont les Lois de la thermodynamique qui s'expriment.

Ces Lois de la Thermodynamique, au nombre de trois, quelles sont-elles ?

La première, appelée "Premier principe", dit que lors d’une transformation dans un système, il y a conservation de l’énergie mise en jeu. Ce qui veut dire que jamais de l'énergie apparaît ex nihilo au cours d'une transformation ; il n'y a que des changements de forme de l'énergie mais il y a autant de joules, dans le volume où elle se passe, avant la transformation qu'après.

La deuxième loi, nommée "Deuxième principe", ou aussi "Entropie", mesure l’ordre dans les systèmes.
L'entropie d'un système, à un moment donné, est l'état statistique de ce dernier. Et c'est grâce à une fonction mathématique que l'on étudie l'évolution statistique de ce système. Mais il n'est pas nécessaire de faire des statistiques et des maths pour pouvoir parler d'entropie. Et heureusement car je suis très très très nul en maths.
Ce que l'on peut dire pour l'entropie, et cela valant définition, c'est que la chaleur va toujours du corps le plus chaud vers le corps le plus froid. Autrement dit, de la chaleur concentré à un endroit se dissipe toujours autour de cet endroit, sans que l'on puisse l'en empêcher. Même avec des isolants thermiques, ceux-là ne servant qu'à ralentir l'inéluctable dissipation.
Un système évolue donc toujours vers un état de plus grand désordre ; de l'énergie bien rangée se disperse inexorablement. On va de l'ordre vers le désordre ; toute évolution est de fait irréversible !
En fait, le désordre croît, en toutes circonstance, et cela partout dans l'Univers. Ce qui revient à dire, en parlant le langage mathématique, que l’entropie globale est toujours positive (elle est croissante) même si localement elle peut être négative (c'est-à-dire décroissante). Un tel cas est celui d'un gaz qui se condense pour devenir liquide dans le volume d'une bouteille. Dans cette dernière l'ordre a bien augmenté, puisque les molécules de gaz se sont agglutinées les unes contre les autres pour constituer le liquide, mais ce faisant de la chaleur a aussi été cédée au milieu extérieur et cette chaleur s'est dissipée dans tout l'espace, dans le verre de la bouteille d'abord et ensuite dans l'espace tout autour de la bouteille.

Ce qu'il faut retenir, c'est que, toujours, des parts de l’énergie concentrée intervenant dans une transformation changent de forme, de façon irréversible, pour devenir, au final, de l’énergie diffuse.
Ainsi, dans le cas d'une voiture, l'essence (énergie chimique concentrée) devient dans un premier temps travail (énergie mécanique) et énergie diffuse dissipée dans l'atmosphère (chaleur évacuée par le radiateur, le corps du moteur et les gaz d'échappement), mais au final, l'énergie mécanique finit entièrement transformée en chaleur, dissipée elle aussi, une fois la voiture arrêtée suite au freinage (les freins chauffent puis se refroidissent en dissipant les joules dans l'air).

Enfin la dernière Loi, dite "Troisième principe", rend compte que les systèmes complexes - notre économie est un système complexe - tendent à maximiser la dissipation de leur énergie. En effet, dès lors que vous faites une chose avec une machine, vous consommez moins d'énergie que si vous faites cette même chose en deux étapes avec deux machines en ligne. Et s'il vous vient l'idée, saugrenue, de faire cette chose avec trois machines en ligne, en trois étapes successives, vous consommerez encore plus d'énergie ... et ainsi de suite.
La voiture électrique en est l'exemple parfait, car à masse et kilométrage identiques, elle consomme bien plus de joules qu'une voiture diesel ; tout simplement parce qu'au lieu de bruler du gazole directement (rendement de 35 %), il faut générer et transporter de l'électricité (35% et 85% de rendement respectivement), charger une batterie qui se décharge ensuite (rendement de 80%) dans un moteur, à bon rendement certes, puisque c'est environ 95%, mais restant comme il se doit inférieur à 100%, le rendement total se calculant en multipliant les rendements successifs, soit (0,35 X 0,85 X 0,80 X 0,95 ce qui donne 22%). Notons que, dans ce calcul, ne sont pas pris en compte les pertes au niveau de la transmission, ni les frottements de l'air sur la carrosserie et ceux des pneumatiques sur la route.

Mais je vois que je vous assomme.
Cela dit, convenez qu'il est difficile de faire autrement : à société complexe, explications complexes, n'est-ce pas ?
Aller, tenez bon ; le temps des définitions se termine !

En fait, il me reste juste à vous rappeler que l’énergie grise est la quantité d’énergie nécessaire au cycle de vie d’un produit.
Elle correspond à l'énergie consommée pour la production du produit, de l’extraction de ses constituants jusqu’à sa fin de vie, soit l'énergie nécessaire à l'extraction, le traitement, la transformation des matières premières, et celle utilisée pour la conception, la mise au point, la fabrication, le transport, la mise en œuvre, l'utilisation, l'entretien, la mise au rebut et/ou le recyclage du produit.
En fait, tous les objets élaborés et fabriqués par une économie « contiennent » de l’énergie grise.

Enfin, tout en vous précisant ce qu'est une économie du point de vue des sciences humaines, à savoir un ensemble d'activités relatives à la production, la distribution et la consommation de biens et de services, je me dois de vous faire remarquer qu'une économie s'avère être aussi des échanges de matières et d'énergie du point de vue des Sciences Physiques, cela justifiant pleinement que nous puissions étudier le processus économique par le biais de la thermodynamique, tout simplement parce que, nous l'avons vu dès le début, la thermodynamique est la science qui étudie des échanges de matières et d'énergie dans les systèmes.

Voilà ! Le plus dur est fait ! Et soyez contents et fiers de vous car, si vous retenez ces quelques définitions, vous en saurez alors bien plus sur l'énergie que tous nos financiers et autres politiques qui nous gouvernent.

Maintenant, un peu d'histoire !

Que s'est-il passé avant nos économies ?

Et bien, l'essentiel c'est d'abord déroulé dans l'espace !

1 - Après le Big-Bang, les premières étoiles, super massives, très chaudes, ont fabriqué des atomes complexes (Carbone, Azote, Oxygène, Fer, Or ...) avec l’Hydrogène et l’Hélium qui les composaient, puis elles ont explosé, dispersant ainsi ces atomes dans d’immenses nuages de matière;
2 - De ces nuages, d’autres étoiles sont nées et ont explosé elles aussi.
3 - À partir du nuage de matière issu d’une de ces dernières explosions, le système solaire s’est formé sous l’action de la gravité.

Ensuite, il y a 4,57 milliards d'années, sur la Terre nouvellement apparue, les atomes et molécules simples ont alors subi de très longs et successifs processus géologiques, dont l'ultime fut l’apparition du vivant, qui a fabriqué, et fabrique encore, des molécules complexes grâce à l’énergie lumineuse de notre Soleil convertie en énergie chimique par la photosynthèse.

Notons que, sans nul doute, ces processus successifs sont actifs en d’autres lieux de l’Univers, la découverte maintenant quotidienne d’exoplanètes, toutes différentes, nous le prouvera bientôt.

Quant au processus très lent de fabrication de molécules complexes par le vivant, c'est de l'organisation de basse entropie, appelée NÉGUENTROPIE.
Ce terme a été défini par le physicien Schrödinger, quand, en 1944, ce dernier écrivit dans son livre What is life ? : « La vie se nourrit d’entropie négative ».
En fait, cette néguentropie est l’entropie du vivant, qui, seulement en apparence, semble négative.
En effet, la vie, bien qu’elle organise la matière le temps qu’elle dure, a bien un rendement inférieur à 1, par exemple par le fait qu’une personne adulte au repos dissipe 50 à 70 Watts thermiques résultant de son métabolisme !
L’entropie finale de la vie reste donc positive ! Elle dissipe de la chaleur ! Ouf ! pourrait-on dire, la Vie respecte aussi les Lois de la Thermodynamique !!

Mais depuis que les Humains peuplent la Terre, que s'est-il passé en terme d'énergie ?

Tout ce que l'on peut constater c'est que depuis l'apparition du genre Homo, ce dernier a évolué en relation constante et de plus en plus étroite avec une certaine forme d'énergie : celle qui est "utilisable" parce que concentrée, l'énergie diffuse, non utilisable, ne servant à rien à ses yeux !

Ainsi, l'histoire de l'énergie dans les temps humains se résume en cinq étapes, dont il est intéressant de constater que chacune est plus courte que sa précédente :
1 - La capture et domestication du feu ;
2 - La maîtrise du feu, c'est-à-dire la capacité de le faire naître à volonté ;
3 - Le début de l’utilisation de l’énergie animale ;
4 - L’invention de la machine mécanique ;
5 - L’invention de la machine thermodynamique, le moteur thermique, qui a permis la révolution industrielle.

Cependant, certains esprits plus synthétiques considèrent que seuls deux moments sont importants dans l'Histoire de l'Humanité :
1 - La capture et la domestication du feu ;
2 - L’invention de la machine thermodynamique ;

ce qui reviendrait à dire que les générations humaines qui se sont succédées aurait vécues au cours de seulement trois périodes :

- la première durant environ 2,2 millions d'années ;
- la seconde s’étalant sur 600000 ans ;
- l'actuelle, ayant commencée vers 1820 ;

et pour se bien figurer ces durées qui se suivent, il suffit de faire une analogie avec des distances, et ainsi imaginer un sentier improbable et sinueux de 2200 kilomètres qui se poursuit par une piste de 600 kilomètres, cette dernière se voyant prolongée par une autoroute qui, pour l'instant, ne fait que 2 mètres de longueur.



En tout cas, nous vivons toujours dans la période de la machine thermodynamique, la maîtrise du feu ayant, quant à elle, initiée le début des premières économies structurées, les industries complexes qui en dépendent, comme la teinture, puis la poterie et la métallurgie, apparaissant peu après.

Aujourd’hui, nous ne faisons que perfectionner nos machines ; ou plutôt nous les complexifions … avec une conséquence fâcheuse et ennuyeuse, celle d’amplifier les effets dus au Troisième principe de la thermodynamique : Nous dissipons de plus en plus d'énergie par personne et par intervalle de temps ! C'est-à-dire que notre puissance dissipative augmente de façon exponentielle.

Retenons :
- Qu'un travail, ou un courant électrique, bref ! une « énergie de qualité », constituent des transferts ordonnés d’énergie ;
- Que la chaleur, « énergie de basse qualité », est un transfert désordonné d’énergie ;
- Que l'énergie disponible sur Terre provient toujours du Soleil ou bien de ses ancêtres ;
- Que les longs processus stellaires et géologiques, dont celui du vivant, sont les seuls à organiser la matière et à produire, entre autres, de l'énergie concentrée nécessaire pour notre économie.

Surtout, ne perdons pas de vue que tous les processus se déroulant dans l’Univers, et donc sur Terre, sont irréversibles.

lundi 17 avril 2017

Le mot grand absent dans le discours politique

Nota : Cet article est paru sur le Blog de Paul Jorion le 21 avril 2017

Dans tous les pays, les campagnes électorales - ces mascarades qui nous font croire que nous vivons en démocratie (1) - se suivent et se ressemblent par le fait que la médiocrité s'affirme, les années passant, en pleine croissance chez les peuples, les candidats, les candidates et les médias.
Il est d'ailleurs frappant de constater que le néolibéralisme prospère d'autant plus que cette médiocrité s'étend et s'affiche. De là à penser que ce dernier ne peut se développer que si la médiocrité est imposée en tant que règle principale, il n'y a qu'un pas ; un pas que beaucoup ont franchi il y a belle lurette. Et il suffit de constater les ravages que la société de consommation et la publicité associée provoquent sur les cerveaux, puis de remarquer que, depuis les années 80 (2), les systèmes éducatifs produisent presque exclusivement des consommatrices et consommateurs acultivés, alors qu'ils ne devraient former que des citoyen(ne)s, pour comprendre que les choses ne vont pas aller en s'améliorant. Le néolibéralisme voulant coûte que coûte vivre et prospérer, fort de la toute puissance que lui procure l'argent qu'il concentre de plus en plus, il met tout en œuvre avec succès pour faire de nous de bons consommateurs boulimiques et techno-scientistes tout autant que de bien piètres citoyens ignorants des Lois immuables les plus fondamentales.

Maintenant englués dans notre crasse médiocrité - Peuple et zélites s'alimentant mutuellement en la matière - nous sommes devenus incapables d'analyser complètement la réalité de notre situation économique.
En effet, si le constat des crises sociale, environnementale, financière, climatique, est fait (plus ou moins bien ; faut préciser quand même !) par tous les candidats et tous les électeurs, les avis divergent, voire s'opposent, dès qu'il s'agit d'envisager des solutions. Certains et certaines veulent continuer dans la direction qui nous a conduit là où nous en sommes et d'autres veulent prendre le contre-pied, sans pour autant vouloir changer le cadre systémique favorisant la production qui est toujours resté le nôtre depuis le Néolithique. Les passions se déchainent ; les personnes candidates braillent plus ou moins fort qu'il faut tout changer, reconstruire en relançant l'économie et la croissance, à grand renfort de grands travaux et/ou de restrictions budgétaires et chacune, ou presque, ont même chiffré en bonne monnaie trébuchante leurs programmes.
Hélas, deux fois hélas, elles trébuchent toutes dans leur analyses en ne remarquant pas que ces crises ont un point commun : L'Énergie !
En grattant un peu en effet, quiconque voudra bien faire un petit effort intellectuel, sans même devoir disposer d'une culture scientifique, en viendra à reconnaitre son omniprésence dans tout, absolument tout, ce qui fait notre économie néolibérale.

Il est donc frappant de constater que le mot "Énergie" n'est jamais employé dans le discours politique sinon pour parler d'énergie au sens de "volonté" et "courage" des "entrepreneurs" ou bien pour évoquer la nécessité qu'il y aurait à "conserver à tout prix les centrales nucléaires parce qu'elles fournissent une énergie propre"(3). Nos "zélites" parleront aussi volontiers de développement durable, de transition énergétique, de solaire, d'éolien, de biomasse, d’hydraulique, d'hydrogène, de gaz naturel, de géothermie, d'électrique et de biocarburant. Certaines iront même jusqu'à citer l'osmose ou la pile à combustible lorsqu'elles voudront paraître très savantes. Mais elles le feront sans comprendre ce que signifient ces techniques en réalité, physiquement parlant ; et en tout cas, jamais, deux fois jamais, elles ne laisseront penser que l'Énergie abondante vient à manquer alors qu'elle reste, il faut sans cesse le répéter, l'indispensable carburant de notre économie néolibérale, quand bien même il s'agit de "produire" (4) de l'énergie dite renouvelable (5).
Mais comment donc en sommes-nous arrivés là ?
Il est vraisemblable que c'est parce que presque tous les politiques et financiers ne savent pas ce qu'est l'Énergie et que ces derniers n'ont pas la moindre once de conscience que sa présence reste la condition première pour que quelque chose se passe dans notre monde réel et, plus encore, dans une économie comme la nôtre.
Bien sûr, quelques personnes ayant des notions de Physique dans cette caste politico-financière savent bien que l'Énergie Mère De Toute Croissance, le pétrole, devient très rare, notamment au regard des monstrueuses envies de croissances et de consommations qui nous ont été "généreusement données". Mais ce n'est pas pour autant qu'elles utilisent le mot "Énergie" dans leur vocabulaire ; et parions que si ces rares lucides ne veulent ni parler ni décider et agir en prévision de la déplétion pétrolière, il y a des chances pour que ce soit parce qu'elles espèrent garder suffisamment longtemps, c'est-à-dire jusqu'à leur mort, le contrôle sur le "pétrole finissant", grâce à tous les moyens dont elles disposent, même violents, et ainsi ne pas devoir renoncer à leur style de vie si dispendieux de toutes les ressources naturelles. Après moi le déluge ! Telle est leur devise !

Ainsi, jamais prononcé par les politiques, "Énergie" semble être le plus gros des gros mots. Et entendre ce mot dans son acception scientifique au cours du spectacle politique ou durant le cirque d'une campagne électorale relève de l'impossible (même en France où "impossible" n'existe pas) car il ne faut ni ennuyer l'auditoire - la médiocrité encore, ni affoler les masses qui doivent rester concentrées sur la consommation, dût-elle conduire à l'effondrement de la Civilisation.

Le problème que nous avons avec l'Énergie étant éludé dans le débat public, comment dès lors discuter de ses solutions pour résoudre La Crise ? La réponse reste à trouver.
Néanmoins, pour avancer un peu dans la recherche de la réponse, il faut savoir et admettre que le Pic du pétrole a été dépassé en 2006 (6). Il faut aussi savoir que les banques sont peu enthousiastes à l'idée de se lancer dans le financement des infrastructures nécessaires à l'exploitation des deux derniers grands gisements de pétrole sur Terre, en Arctique et en Sibérie, dont les retours énergétiques sont très mauvais (7), tout cela nous condamnant à manquer très bientôt de notre "drogue préférée".

Il y a donc urgence. Sauf à adopter rapidement une économie écologique, dans laquelle tout se déciderait en fonction des coûts énergétiques, les versions les plus primaires de l'esclavage risquent bien de vite réapparaître, juste parce que le Pétrole, Père De Toutes Croissances, vient à disparaître et qu'après lui il ne restera plus que l'énergie musculaire (8).
En fait, si nous souhaitons vraiment "du changement"- dans le bon sens, cela va de soi - il faut changer de système - ce serait une première depuis le Néolithique - et, plus qu'en terme d'argent, il nous faut raisonner et compter en terme d'Énergie ; qui se compte en Joule (9), le Joule étant la seule monnaie qui devrait valoir désormais.
Tout cela revient à dire que pour arriver à résoudre les problèmes sociétaux de notre époque, de façon globale, nous devons impérativement commencer par sortir du cadre, évoluer en nous-même et repenser notre rapport à l'Énergie.

(1) Une réelle démocratie désigne ses représentants par tirage au sort.
(2) Surtout que maintenant les écrans ont envahi les écoles à la plus grande joie, hélas, des parents d'élèves.
(3) Un scientifique rigoureux se demande bien ce qu'est de l'énergie propre.
(4) On ne sais pas produire de l'énergie ; on sait seulement récolter, transporter, transformer, voire, parfois, stoker de l'énergie.
(5) Un scientifique très rigoureux se demande bien ce qu'est de l'énergie renouvelable.
(6) Cf. le rapport de l'année 2010 de l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE).
(7) Cf. le blog "Oil Man" de Mathieu Auzanneau.
(8) Selon JM Jancovici, grâce à sa consommation de pétrole, un humain moyen à l'équivalent de 200 personnes à son service 24 heures sur 24.
(9) Le Joule, lorsque des systèmes interfèrent entre eux, peut être assimilé à une monnaie d'échange avec laquelle il est impossible de tricher.

vendredi 10 avril 2015

Le troisième et ultime choc pétrolier s'annonce !

La production de pétrole aux USA baisse, semaine après semaine.

L'Arabie Saoudite fore de plus en plus pour maintenir sa production qui baisserait autrement.

Tout cela était prévu depuis longtemps mais combien parmi nous se sont inquiétés ?

Si quelqu'un me dit que ce n'est pas la fin du Monde, je lui répond : Si ! Le début de la fin de notre économie croissansiste ! Avec l'ultime choc pétrolier en guise de préambule.

Et si vous n'y croyez pas, lisez donc le dernier article de Matthieu Auzanneau et puis réfléchissez ; avec votre bon sens !

jeudi 8 janvier 2015

Une idée de l'avenir en 10 questions

Pour en remettre une couche après l'article Des certitudes certaines du 12 décembre dernier, je ne résiste pas à la tentation de vous inviter à lire le dernier article de Bruno Thévard, publié sur son blog Un avenir sans pétrole.

Vous découvrirez ainsi ce qui ne sera certainement pas dans notre futur.
Vous imaginerez alors que la solution pourrait être l'écodouble.
Bonne lecture.



La crise pétrolière en 10 questions, par Benoit Thévard.

samedi 8 décembre 2012

Comment les médias nous désinforment et nous nuisent

Lundi dernier, les médias nous ont annoncé que TOTAL venait de trouver en Norvège un gisement de pétrole contenant 25 à 75 millions de barils exploitables.
Il fallait voir comme elle était enthousiaste la journaliste qui trompétait la nouvelle sur France Inter ! Quel beau jour de sa vie c'était que ce lundi !
Elle se voyait déjà, sans doute, prendre l'avion à Notre-Dame-des-Landes, pour aller passer 3 jours aux Seychelles, avec la capitaliste bénédiction de "notre" JM Ayrault, futur salarié de VINCI.

Mais sait-elle seulement, elle mais aussi ses collègues, que chaque jour, aujourd'hui, les Humains consomment 85 à 90 millions de barils ; que cela représente, en volume, un cylindre de 50 cm de diamètre et de 72 000 km de hauteur, qui culmine deux fois plus haut que l'altitude où se trouvent les orbites des satellites géostationnaires de télécommunication.

Dès lors, pour beaucoup tempérer la joie inconsidérée de la presse (à neurones), si nous intégrons le chiffre de consommation mondiale donné juste ci dessus, Total vient de trouver de quoi faire tourner le monde actuel sur une durée de 7 à 22 heures.
Le Monde capitaliste, dont le sang est le pétrole, va-t-il s'en trouver sauvé ?!?
Et ce n'est pas en nous annonçant quelques jours plus tard, le 5 décembre, qu'un autre gisement vient d'être découvert dans le golfe du Mexique, que la situation du capitalisme s'améliorera.
Car il faut du temps pour sortir ces huiles du sol et il faut aussi, et surtout, considérer le Taux de Retour Energétique (ERoEI en anglais), notion de rendement en la matière, que nous explique parfaitement Benoit Thévard dans son blog "Un avenir sans pétrole".
En effet, forer le sous-sol sous 1300 mètres d'eau et ce jusqu'à 10 kilomètres et demi de profondeur, comme cela s'avère nécessaire pour ce nouveau gisement mexicain, cela demande beaucoup d'énergie, tellement qu'une bonne partie de ce qui en sera extrait n'ira jamais dans le fonctionnement de l'économie.
Comme l'explique parfaitement Benoit Thévard, de plus en plus, nous pompons du pétrole pour pomper du pétrole.

En y pensant bien, Homo sapiens sapiens ne fut jamais. Seul aura existé Homo shadok shadok, qui aura pompé pour remplir des futs toute sa vie, cela afin de finir très prématurément aux pompes funèbres des espèces.

La seule voie eut été l'écodouble.
Sûr que de belles choses eusses pu être faites si nous n'avions pas seulement été des pompeurs fous ; si les journalistes nous avaient toujours donné la totalité des bons chiffres pour que nous pussions, sur tout, réfléchir correctement, en citoyens éclairés.
Nous eussions pu alors être autres choses que des Shadoks.

lundi 14 mai 2012

C'était dans le télégramme

Telegramme_du_3avril2012.JPG

Petit rectificatif le 3 avril dernier dans le Télégramme.
Une erreur s’était glissée dans un article de la veille ... et le 2 avril, on ne plaisante pas !
Il fallait vite rassurer les lecteurs qui avaient pu lire - le lendemain du 1er avril donc - que la Bretagne entrerait en décroissance électrique : L’horreur absolue !

Heureusement pour la croissance, ce n’était donc qu’une erreur ... de calcul.
En effet la croissance, si elle ne divise pas l'opinion, peut néanmoins être divisée, même si les consommateurs, les politiques, les financiers, les socialistes, les UMP, les profs, les communistes, les verts, les fachos, préfèrent la voir être multipliée, à l'infini ... comme les petits pains de Jésus.

Donc pour les consommateurs : Ouf ! La croissance reste bien éternelle !

Et moi qui avais cru comprendre que la Bretagne était à la pointe ! Idiot que je suis.

vendredi 25 février 2011

Les schistes de l'enfer

J'essayerai de vous parler, en profondeur, des gaz de schistes dans un article à venir : en tant que géologue, c'est le moins que vous puissiez attendre de moi.

Mais dans l'immédiat, ce que je veux dire, c'est que si vous ne voulez pas croire qu'il n'y a plus beaucoup de pétrole, il vous suffit de constater avec quel empressement et frénésie "les acteurs fous de l'énergie" déposent des demandes de permis d'exploration des formations schisteuses en France, quitte à dévaster définitivement notre sous-sol, en injectant des quantités astronomiques de produits chimiques toxiques, pour que peut-être vous commenciez à reconsidérer votre opinion.

Et ce que je veux dire aussi à propos de ce qu'il faut désormais appeler le scandale du gaz de schiste (shale gas en anglais), révélé seulement il y a quelques mois, c'est que le premier permis accordé l'a été au début de 2006, pour une exploration en Ariège et en Haute-Garonne. C'est en quelque sorte la dernière nouvelle sur le sujet.

Ainsi, durant presque 4 ans, les pouvoirs publics nous ont menti ! Et ne nous ont rien dit du comment ils nous avaient vendus à des entreprises américaines, sans scrupule aucun en terme d'écologie.
Personne n'était au courant dans la population. Pas même les élus.
Nos dirigeants ont fait un rideau de fumée avec le Grenelle et les énergies renouvelables dont ils n'avaient de cesse de parler et nous ont caché qu'en fait ils n'avaient d'autres préoccupations que de nous emmener plus avant dans l'impasse que constitue l'exploitation des hydrocarbures, fussent-ils nommés non-conventionnels, bien qu'ils soient chimiquement les mêmes que les autres, cela afin de satisfaire tous les lobbies leurs amis.

Le premier permis, c'était donc sous Chirac ! qui en endossera la responsabilité au regard de l'Histoire ; lui qui nous avait laissé en 2004 la charte de l'environnement et son principe de précaution.
Mais peut-être avait-il déjà oublié tout ce qu'il avait déjà fait !

Pourtant, il y a de fortes chances pour que notre "Président-tapoteur-du-cul-des-vaches" ne soit en rien responsable de l'affaire car ceux qui délivrent ces permis sont des gens appartenant à une caste toute puissante dans notre pays : celle des ingénieurs des Mines.
Ils sont sûrs d'eux, certains de savoir ; du moins le grand âge de leur institution les enclinent à le penser.

Ce corps d'Etat fut créé en effet il y a plus de deux siècles et le fait d'avoir survécu à tous les changements de régime survenus depuis lors fait que, sans doute, ils se sentent infaillibles au point de pouvoir vraisemblablement oublier de rendre des comptes ou de demander des permissions.

La petite histoire montre par exemple que c'est l'un d'eux qui nous a lancé dans la course folle du nucléaire sans débat public, en convainquant de Gaulle et Messmer.
De même, c'en est un autre qui a délivré début 2010 le permis d'explorer dit "permis de Nant", Nant étant un bourg de l'Aveyron (il a signé pour "Borloo le courageux" mais je n'ai plus son nom en tête).
Dès lors, il doit bien s'en trouver un troisième qui aura donné celui de 2006, à moins que ce ne soit le deuxième : faut voir !
En tout cas, ce Monsieur qui n'est qu'un simple fonctionnaire (ce n'est pas péjoratif pour les petits fonctionnaires), n'a pas non plus daigné penser qu'un débat public s'imposait pour pareille décision et même s'il se trouve qu'on lui ait donné l'ordre de signer, il faut être certain d'une chose : la caste des Mines avait sans aucun doute largement oeuvré préalablement à convaincre nos politiques du bien fondé de cette "nouvelle" énergie.

Aujourd'hui, NKM (que finalement, vu son laxisme à l'égard des lobbies, je classe parmi les minables, avec tous les autres pourritiques), devant la Fronde qui se développe dans le Sud de la France, a demandé une enquête sur ces gaz de schistes et sur la façon qu'on a de les exploiter.
Et tout naturellement, parce que nous sommes en démocratie, l'enquête, elle l'a confiée à la caste ... des ingénieurs des Mines.
Si ce n'est pas la meilleure voie pour qu'on nous affirme, dans deux mois (c'est le délai), qu'il n'y a aucun danger (comme pour le nucléaire) à puiser dans cette ressource, alors je n'ai rien compris ! 

jeudi 23 décembre 2010

Quand un pétrolier m'apparaît comme presque sympathique

Le pic du pétrole était annoncé en novembre dernier.
Mais en novembre de l'année dernière le patron de Total était devant une commission du Sénat pour parler du réel et très peu brillant état des réserves de pétrole dans le Monde : c'était clair et concis.

Pourtant, croyez-vous que nos élus ont fait cas de sa déclaration ?
Ils l'auraient fait, ils auraient pu agir afin de préparer le Pays et lui permettre d'anticiper, pour que le choc soit moins brutal.
Et bien non ! Pendant que le plus lourd des PDGs du CAC 40 parlait, nos sénateurs devaient faire la sieste, ou bien alors, ils n'ont rien compris de ce qu'il disait ! Voire même s'en foutaient-ils tout simplement et s'en foutent sans doute encore !
Toujours est-il qu'ils ne pourront pas dire, à l'avenir, qu'ils ne savaient pas. Par avance, ils seront condamnables.

La vidéo du discours de Monsieur de Margerie devant nos représentants est ici, sur le blog "Aux infos du nain".

mercredi 5 mai 2010

Rencontre

Le 16 novembre dernier, j'étais à Paris.

Durant deux jours, j'ai eu le privilège de suivre une formation sur le sujet des rapports que l'entreprise entretient avec la biodiversité.
Le cadre était celui d'un bel immeuble haussmannien de l'Avenue Georges V : La grande classe !
Un bel escalier, de belles moquettes, de belles moulures, de beaux parquets et de belles portes sous de hauts plafonds. Bref ! des choses d'un autre temps, pas du tout écologiques tant elles consomment énergie et matières mais qu'il faut conserver néanmoins, sous réserve de très importantes améliorations des performances thermiques du bâti.

Les intervenants :
Il s'agissait de deux personnes ; la première chef d'une entreprise de génie écologique, la seconde directeur d'un Institut et occupant un poste de responsable à la ligue ROC.
Ils ont été forts. Ils sont brillants.

Le sujet :
Je ne m'attarderai pas sur le contenu de la formation car il m'est difficile de résumer deux jours aussi riches. Mais il nous a été démontré par A+B, que toute entreprise, et peu importe sa taille, dépend à 100% de la biodiversité.
Petite note négative, pas sur le sujet même : le repas de midi ! C'était des "cartons-repas" luxueux et d'un coût écologique déraisonnable : tout le monde en a fait la remarque.

Les participants :
Une dizaine.
Toutes et tous ingénieurs ; sauf moi ! (Cela m'a rappelé le temps de ma terminale D : j'étais le dernier en math et durant ces cours, ma chaise était toujours appuyée en équilibre contre la grille entourant le poêle à mazout ; au fond de la classe, faut-il le préciser).
Polytechnicien, Centralien, Ponts et quelques autres écoles. Essentiellement des consultants ou membres de cabinets d'audits.
Il y avait quand même une responsable de la SAUR (dommage qu'elle n'ait pas été accompagnée par certains de ses homologues de Véolia ou CEO ! Comme quoi qualité de l'eau et biodiversité ne vont pas encore ensemble, même pour ceux qui vivent de la distribution du précieux liquide, indispensable à tous les êtres vivants).
Donc ! Bon point pour la SAUR ! Et mauvais point à Véolia ! Véolia s'en fout car Véolia lave plus vert que vert. C'est le principal ; ou plutôt le capital, avec intérêt à 3 chiffres.

Mais je reviens aux participants. Parmi eux, celle que j'appellerai TH.
Employée dans un cabinet d'audit et de bilan carbone, le nec plus ultra du genre en France.
La trentaine à peine et déjà un CV à faire pâlir tous mes très nombreux chefs.
Discrète, intelligente, attentive, modeste, humble, pondérée ... et charmante de surcroît ! Un esprit sain dans un corps sain ! Une humanité !
Lorsque, à un moment de la formation, l'un des intervenants a insisté sur le fait que le génie écologique, qui intervient sur le vivant, n'est pas une science exacte, que le résultat de son emploi n'est pas garanti ni planifiable et que les entrepreneurs à qui on présente ses potentiels hésitent par conséquent à décider de son emploi, TH a levé la tête de son ordinateur portable sur lequel elle s'appliquait à tout noter de ce que l'on nous dispensait. Elle a tout de suite su se projeter dans l'avenir (c'est beau les cerveaux bien fait) pour dire, en substance, qu'il revenait aux cabinets de conseils d'expliquer aux patrons, et à ces derniers de comprendre, que la situation énergétique et environnementale mondiale ne permettait pas d'attendre que tout soit modélisable et que d'ailleurs certaines choses ne pouvaient pas l'être. Qu'ainsi dans le domaine de la vie, l'incertitude sera toujours de mise. Que c'est un fait incontournable. Et que désormais, toutes les entreprises du monde doivent comprendre que leur intérêt passera avant tout par la protection de la biodiversité sans chercher à vouloir en percer le mystère du pourquoi : seul le bon-sens et l'observation devaient compter en la matière.
Je ne sais plus comment elle l'a dit exactement. Mais comme elle l'a dit, c'était concis et lumineux. Il y avait beaucoup de force dans ces paroles. Et beaucoup d'espoir aussi.

Durant les deux pauses, celle du matin et de l'après-midi, puis à la fin de la journée, TH a accepté de répondre à nos questions pressantes sur l'état énergétique du Monde et le niveau de prise de conscience écologique dans les sphères dirigeantes des multinationales pour lesquelles elle travaille tous les jours.

Réponses pas très encourageantes !
Les réserves sont à plus de la moitié entamées (= pic du pétrole dépassé) et les patrons des grandes boites, devenus financiers par le fait qu'ils sont rémunérés en grandes partie par "stock-options", ne sont pas du tout, mais pas du tout, disposés à penser écologie avant économie. Pour eux, les mesures environnementales restent des contraintes qu'ils cherchent à éliminer : ni plus, ni moins.
En expliquant cela, elle s'est même laissée aller à dire que parfois, devant le mur d'inconscience, elle préfèrerait planter des patates dans sa région natale.

Mais j'ai gardé ce que je crois être le meilleur pour la fin.
TH nous a en effet confié deux choses qui devraient ravir et conforter les antis-nucléaire.
D'abord, elle nous a raconté que son chef était début novembre (2009) dans le bureau de Nicolas Sarkozy, joyeux de son alors récente décision de faire construire un second EPR. Hélas pour lui ! Notre Président s'est trouvé fort déstabilisé et décontenancé quand son invité, expert en la matière, lui a affirmé que le nucléaire ne sera jamais une solution pour le long terme. Sarkozy est donc prévenu de l'ineptie de ce type d'énergie et il ne pourra pas dire, "dans pas longtemps", qu'il ne savait pas.
Ensuite, pour répondre à une question portant sur le bilan carbone total des centrales nucléaires, elle nous a informés que ce dernier venait d'être fait sérieusement depuis peu seulement.
En effet jusqu'alors, ce bilan n'était que partiel et très favorable à cette industrie. En réalité le bilan carbone total des centrales nucléaires est catastrophique.
Mais qui en doutait ?!?
 

mardi 27 avril 2010

Tant qu'il y aura du pétrole

Tout est redevenu normal : nous rebrulons du pétrole.
Nous sommes rassurés. La Nature a été domptée.
Il n'y a plus qu'à faire les comptes pour savoir combien ça nous a coûté quand nous ne pouvions pas en bruler comme il convient.

mercredi 21 avril 2010

Un ciel sans rayure

Il y a quelques jours, nous avons pu contempler le ciel comme le voyaient tous nos ancêtres, sans aucune déchirure de condensation marquant le passage des machines volantes à brûler du pétrole.
La faute à quoi ?
La faute à quelques misérables petits grains de sables qui ont tout grippé dans la machine infernale et trop complexe du transport aérien de masse, le truc sans doute le plus "inécologique" de l'Histoire de l'Humanité.
Simplement de tout petits grains de sable !
Espérons que le pic du pétrole, maintenant avoué par l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), ne sera pas un grain de sable trop gros. Le grippage pourrait être total et définitif : comme si une sorte de grippe mortelle frappait tout à la fois l'aéronautique, le naval et l'automobile ; sans la possibilité d'un quelconque vaccin.
En bref, la fin de l'actuelle économie qui est bien peu de chose face à la Nature et à ses Lois.
Ce serait là un évènement volcanique et explosif qu'aucun dirigeant n'aura vu venir.

Et, pour finir, quelques photos du ciel de Nantes ... juste à côté de l'usine Airbus. Sourire ironique.