Madame le Secrétaire perpétuel, Mesdames Messieurs de l'Académie française,

L'été que nous vivons marque les 100 ans du début de la grande catastrophe morale que fut, pour les peuples de la planète impliqués, la Première guerre mondiale. Cette Première guerre mondiale en appela une Seconde, deux décennies plus tard, car nos chefs militaires et politiques d'alors ne surent pas - ou ne voulurent pas - mettre en place les conditions d'une paix définitive, plus encore que durable.

Le regard est maintenant moins passionné et plus justement éclairé par les travaux des historiens modernes. Les stratégies mises en œuvre tout au long de cet épouvantable conflit ont pu être étudiées et leurs conséquences humaines objectivement pesées. Il en ressort que certains généraux ne furent rien de moins que des bouchers soldés par des politiques qui pensaient qu'un peuple vivant est un peuple qui saigne à mort.

Je vous saurais gré de considérer ma requête. Cette requête pourrait être celle d'un grand nombre de nos compatriotes s'il advenait qu'ils fussent consultés sur le sujet. Elle vise le statut d'Immortels que détiennent les deux fossoyeurs du peuple de France que sont Messieurs Joseph Joffre et Ferdinand Foch.

Tous deux étaient de fervents partisans et artisans de la stratégie inepte et jusqu'au-boutiste de "l'offensive à outrance" qui, dans les premiers mois de la guerre, conduisit aux charges vaines que l'on sait. Rappelons-nous nos pauvres arrière-grands-pères en pantalons garance, à qui l'on ordonnait de foncer droit sur des nids de mitrailleuses, produits infernaux de l'industrialisation des moyens de tuer. Un tel ordre n'eût été qu'un égarement passager s'il n'avait été proféré qu'une seule fois, en une seule occasion. Pour ceux, hélas, que l'obligation de servir arracha aux champs de culture et jeta sur les champs de bataille, cet ordre inhumain, émanant d'hommes qui font encore partie de votre illustre compagnie, demeura le même durant des jours, des semaines, des mois. Relayé par des officiers supérieurs supérieurement indignes, il provoqua l'hécatombe du 22 août 1914, qui, de tous les malheureux jours de guerre supportés par notre pays, reste le plus sanglant. Malgré cela, ce même ordre fut inlassablement reconduit jusqu'à la fin de l'année 1914 et bien trop souvent encore dans les années qui suivirent.

Il me semble donc que votre auguste et docte assemblée s'honorerait grandement si elle excluait de son sein Messieurs Joffre et Foch, comme elle fit de Messieurs Pétain, Maurras, Bonnard et Hermant, qui, en leur temps, s'étaient rendus coupables, envers la République, de faits d'un autre genre mais tout aussi graves et condamnables.

Au-delà de la "damnatio memoriae" chère aux anciens Romains, il s'agirait d'un geste fort de condamnation de toute forme de guerre menée au nom du peuple français, au détriment du peuple français et de tous les autres peuples, qui, tous, ne veulent plus connaître de guerre. Un tel geste trancherait avec les cérémonies de commémoration qui meublent en ce moment l'actualité nationale et qui, pour beaucoup d'entre elles, sonnent comme des justifications de la guerre, voire comme un conditionnement et une préparation de la nation à la guerre.

Pour appuyer ma demande, je rappellerai que Monsieur Joffre avait accoutumé de dormir durant les séances du dictionnaire, ce qui montre la qualité de son attachement à votre institution. Il daigna se réveiller le jour où l'on s'efforçait de définir le mot "mitrailleuse". L'anecdote est connue. La seule chose qu'il put en dire fut : "C'est une sorte de fusil qui fait pan, pan, pan !" Manifestement, l'homme n'avait aucun remords et ignorait que trois "pan" ne font pas une rafale de mitrailleuse, machine de mort qu'il n'avait jamais vue en face.

Pour finir, un autre bel et grand geste serait de faire en sorte qu'à l'avenir aucun militaire ne puisse plus siéger sous la coupole, certaines traditions pouvant être abandonnées sans que le prestige ne s'en trouve affecté.

En vous remerciant d'avance pour l'attention que vous voudrez bien accorder à ma requête, veuillez agréer, Madame le Secrétaire perpétuel et Mesdames Messieurs de l'Académie, mes plus respectueuses et humbles salutations.