Il y a quelques temps je vous signalais la parution d'un livre "choc".

Je l'ai lu !

Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, deux polytechniciens, nous parlent avec brio du réchauffement climatique et de ses conséquences mais aussi et surtout de l'épuisement des ressources énergétiques fossiles.
Après avoir parlé "du calme avant la tempête", le livre est un déferlement de bonnes remarques rendant compte de la réalité du Monde et, la plupart du temps, de bonnes idées qui pourraient diminuer l'impact de l'Humanité sur la Planète.
Ils préconisent en fait, un changement profond de la société où l'accent serait mis sur l'économie d'énergie.

Dès le début (p. 32), ils se désolent que des travaux français, équivalents de ceux de Nicholas Stern en Grande-Bretagne (travaux conclus par un rapport annonçant un coût pharaonique pour la crise écologique), soient passés aux oubliettes médiatiques occultés par le fameux ou plutôt le fumeux rapport Attali (*).

A propos des médias, les auteurs leur font le reproche "de tendre un micro" à des gens bien mal inspirés, qui sur le fond ne sont rien, tant leur incompétence est grande en matières scientifiques. Claude Allègre et Bjorn Lomborg en prennent ainsi pour leur grade. Et d'accuser les journalistes (p.41) de confondre "je n'y comprends rien" avec "personne n'est sûr de rien". C'est drôle tout en étant bien vrai.

Viennent après cela, une explication et une dénonciation des pratiques financières puis, grâce à l'exemple de l'île de Pâques (Cf. le livre "Effondrement" de Jared Diamond), une critique de l'argent tel qu'il est actuellement considéré et une démonstration de l'aberration qu'il y a à croire que le PIB est un bon moyen d'indiquer la santé d'une économie.
Ils nous proposent alors de prendre en compte comme un actif dans la comptabilité d'un état, la totalité des ressources naturelles. Pour eux en effet, il parait urgent de considérer les destructions et les consommations de ces dernières comme autant de pertes de richesses dans le bilan que constitue un PIB (p.95). Ils introduisent ainsi la notion "d'optimum pour un PIB", pour que l'économie puisse durer et "éviter un retour au Moyen Age".

Jeu de mots amusant (p.115), ils écrivent que "les trente glorieuses" ont été suivi par "les trente piteuses" (**).

Ils affirment ensuite que l'état doit avoir un rôle moteur (p.163) dans la réforme nécessaire de l'économie (***) tout autant que pour encourager la désormais urgente prise de conscience par les citoyens des problèmes énergétiques.
D'ailleurs pour que l'état puisse mener au mieux ces missions, ils suggèrent aux partis politiques de n'investir, pour les prochaines élections, que des candidats ayant des formations scientifiques (p.197) les mieux à même, à leurs yeux, de les aider à prendre les meilleures décisions puisqu'ils pourront alors comprendre les rapports qui leur parviendront, sur le réchauffement climatique, les ressources naturelles et les pollutions.
De même, ils insistent sur le fait que les élites de l'état devraient savoir ce qu'est l'énergie dans le sens de grandeur physique et qu'il faudrait, pour qu'il en soit ainsi, qu'elles suivent toutes les formations qui seraient nécessaires.

Cependant, certaines lignes sont malheureuses.
C'est le cas lorsque le nucléaire est considéré comme une solution d'avenir alors que lui aussi dépend de ressources naturelles non durables.
C'est encore le cas lorsque, plusieurs fois, le stockage industriel du CO2 est prôné comme solution au problème du réchauffement climatique. Alors que les auteurs font, tout au long de l'ouvrage, de bonnes analyses sur les rendements énergétiques, il est curieux de constater qu'ils se sont laissés piégés par cette idée entropiquement non viable.
Il est en fait dommage qu'après tous leurs bons raisonnements, ils ne parlent absolument pas de l'énergie solaire en général.

Nous regretterons aussi les lignes qui présentent les responsables des grands groupes industriels et énergétiques comme de bons "écolos" puisque ils semblent, aux dires des auteurs, plus se soucier de l'avenir que ne le font les politiques. Le hic vient du fait que nos deux "compères" confondent quand ils écrivent cela, l'apparente préoccupation de ces "hauts décideurs" avec la raison première de cette préoccupation :
Oui, ces gens se font quelques soucis !
Mais ce n'est pas pour l'écologie à proprement parler.
S'ils sont angoissés, c'est juste parce qu'ils voient arriver, "à vitesse grand V", le moment où leur business arrivera à son terme.

La fin du bouquin, captivant malgré ces quelques passages critiquables, est un ensemble de 13 lignes d'actions, à charge pour les politiques, les financiers, les industriels et les citoyens, de les mettre en pratique.
En vrac, nous retiendrons qu'ils préconisent de "d'abord réduire, ensuite réduire, enfin réduire" la consommation d'énergie, de raser les banlieues pour concentrer les villes, de recoloniser les campagnes, de taxer l'énergie, de détaxer le travail, d'isoler sérieusement l'habitat, de donner aux enfants une éducation poussée sur les choses de l'énergie et de la nature, de réduire le nombre des voitures ainsi que leur puissance, d'arrêter le transport aérien de masse (****), d'user de la potentielle puissance politique de l'Europe et de remettre l'OMC sur la bonne voie.
Tout un programme ! Qui peut, c'est vrai, aider à la mise en place de l'écodouble car ils encouragent aussi les gens à accepter l'idée qu'il faudra à l'avenir changer de métier, plusieurs fois dans sa vie, le temps que se fasse la transition économique qu'ils appellent de leurs vœux, tout en leur demandant d'arrêter d'exiger toujours plus de vitesse dans la satisfaction de toutes leurs envies ... non vitales.
Un vrai défi, tant ces envies égoïstes sont tout à fait normales pour la quasi totalité des humains !

Le livre "C'est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde" est paru en janvier 2009.
Aux politiques, qui n'ont toujours pas compris qu'il faut agir tout de suite, nous pouvons dire qu'il reste 2 ans et demi.

 

(*) Dans Le Monde du 19 janvier 2008, "314 mesures pour relancer la croissance". Je préfère dire : "3,14 mesurettes pour tourner en rond !".
(**) Dans la lettre ouverte à Monsieur le Président de la République, j'avais essayé "les trente non rieuses". C'était bien moins fin.
(***) En citant l'exemple inattendu, mais finalement assez convainquant, de certaines très peu orthodoxes mais très efficaces mesures de relance monétaire prises en Allemagne en 1933 et 1934 ... et bien sûr, cela n'a aucun lien avec le racisme et le fascisme que prônaient les nazis.
(****) C'est en train de se faire tout seul. Dès lors, il serait sage d'arrêter, tout de suite, le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique.