On n'a vraiment pas eu de pot !

En plein confinement, j'ai eu tout le loisir de cogiter sur la crise du Covid-19 : Deux mois, c'est long !
Toujours est-il qu'à force d'étudier l’enchaînement des "événements économiques" qui se sont produits, depuis 2018 jusqu'au confinement, j'en suis venu à me demander si nous n'avions pas été roulés dans la farine. Ou plutôt, parce que je ne suis pas un "complotiste" - que la Force m'en préserve ! dirait un jedi - n'aurait-il pas été possible que nous n'ayons pas eu de pot ?!?
En effet, il y a seulement huit mois, quelqu'un aurait-il pu imaginer que l'économie mondiale allait s’arrêter presque complètement ?
Que, durant deux mois, le secteur hospitalier, celui du nettoyage et celui de l'approvisionnement en nourriture seraient quasiment les seuls à fonctionner ? Un truc absolument incroyable pour notre économie dont nous étions presque tous devenus certains qu'elle ne pourrait plus s'arrêter, la croissance devant durer éternellement ; sans qu'aucun obstacle ne l'entrave.
Pourtant, ce qui nous était présenté comme impossible advint : presque tout s'est arrêté ! Juste parce que ce fut décidé ; par les mêmes qui nous disaient depuis des décennies qu'il n'y avait pas d'autre alternative à la marche en avant triomphante et sans limite de l'économie ultra-libérale.
Pour moi, cela reste encore réellement étonnant !

Alors penchons nous sur les vingt derniers mois.

En fait, ce qui m'a paru drôle dans tout ce "bazar" "covidesque", c'est que les bourses ne se sont pas "enrhumées" tout de suite lorsque, en octobre et novembre derniers, l'Usine du Monde - la Chine - plongeait dans le confinement et l'incertitude à cause d'une petite bébête apparue sur un marché ; apparue vraisemblablement - l'avenir pourra très bientôt dire en détail d'où sort ce nouveau virus - par le fait que l'impossible dans la Nature s'y produisait tous les jours, des animaux de toutes origines géographiques s'empilant les uns sur les autres au nom, et par la grâce, de l'ultra-libéralisme.
Ainsi, les places financières si promptes d'ordinaire à réagir avec excès à un petit imprévu sont cette fois restées de marbre, continuant imperturbablement à la hausse ; comme si ces temples de l'inconstance, du déséquilibre et de la nervosité étaient devenus soudainement ceux du sang-froid.

Pourtant, il s'en est passé des "choses" sur ces marchés financiers depuis presque deux ans !
Par exemple, depuis octobre 2018, date de son dernier sommet à 84 $ par baril, le prix du pétrole baissait lentement jusqu'à mettre en déficit les sables bitumineux canadiens d'abord, puis les huiles de schiste US lorsque le cours passa de façon continue en dessous des 60 $.
Parallèlement, la déplétion pétrolière se faisait sentir de plus en plus (je ne cessais de vous alerter sur ce sujet en vous invitant régulièrement à lire le blog "Oil Man").
Dans le même temps, l'or, la fameuse valeur refuge, voyait son prix grimper très fortement à partir de septembre 2018, pareille hausse laissant augurer d'ordinaire - l'Histoire le montre - du mauvais temps pour l'économie.
Toujours dans le même temps, les taux d'intérêts repartaient à la hausse (Trump, pour favoriser ses amis rentiers, poussait à cela en imposant une réduction lente mais continuelle de la masse monétaire US qui avait explosé avec les "Quantitatives Easing" de l'après crise des subprimes), tandis que les banques, encouragées par leurs banques centrales, redevenaient très regardantes pour accorder des prêts aux particuliers.

Déjà, tous ces faits ne pouvaient qu'alerter sur l'imminence d'une crise financière majeure ! (ce que je vous annonçais d'ailleurs dans l'article intitulé "Lettre ouverte à une ingénieure" parue ici-même le 29 novembre dernier, et dans lequel je précisais aussi que la crise ne se déclencherait qu'après qu'aurait été décidé, début 2020, la distribution des dividendes de l'année 2019).

Mais ce n'est pas tout !
En plus de ces signaux très parlants, notre piteux ministre de l'économie avait sorti, en octobre dernier, un arrêté autorisant les assureurs à s'approprier, pour une durée d'au moins 8 ans, les intérêts des contrats d'assurances vie, cela afin que les assureurs puissent renforcer leurs fonds propres en cas de coup dur.
Cela sentait bien l'orage financier, non ?
Je rappelle au passage que dans l'article "Le Maire prépare tout pour la crise de janvier prochain", publié ici-même juste après Noël, je vous informais de cette manœuvre pour le moins "prévoyante".
Certes la crise a été déclenchée en mars 2020 et non en janvier comme je vous l'annonçais dans le titre de l'article. Mais, bon ! C'est juste parce que les "méchants" devaient attendre un peu l'annonce des dividendes avant de déclencher cette crise par la vente de grandes quantités de leurs actions.
En plus, ces dividendes de 2019 battirent tous les records (le précédent record datant de 2007, soit, comme par hasard, ceux versés à la veille de la crise des subprimes) et il faut bien comprendre que si les bourses s'étaient mises "à tousser sévère" avant leur annonce, cette distribution de pognon aurait été bien moins conséquente. En fait, les bourses qui continuaient de monter en fin de 2019 et durant les mois de janvier et de février 2020, c'était la bonne méthode pour faire gonfler les dividendes de 2019, alors que tous les financiers savaient la quantité de nuages qui s'accumulaient à l'horizon.
Et ces nuages, ils étaient gros et noirs !
Celles et ceux qui suivent attentivement la production de pétrole, parce que c'est cette dernière qui fait la pluie et le beau temps de l'économie et de la finance ultra-libérale mondialisée, n'ont pas manqué de constater la tendance baissière de la capacité de production. Et en fait, toutes les "petites mesquineries comptables" que je viens de vous énumérer s'expliquent uniquement par cet événement concernant le pétrole, qui était prévisible et prévu depuis longtemps (sacré Hubbert !), qui est finalement survenu au cours de la période 2018 et 2019, qui est complètement passé à la trappe dans les médias (ces derniers n'évoquant jamais la chose fondamentale qu'est l'énergie pour l'économie) mais qui, vous pouvez en être certains, a bien était pris en considération par les milieux financiers pour guider leurs décisions et les demandes de dispositions législatives qu'ils ont commandées à leurs hommes de mains ministres et présidents.
De mon point de vue, c'est ce seul événement - le Pic du pétrole - qui explique toutes les "petites mesquineries comptables" que je viens d'énumérer.
Et, ce "Pic", c'est en 2019 qu'il s'est affirmé ! Ainsi, au cours de l'année passée, la quantité de pétrole disponible chaque jour par habitant sur Terre, comme cela s'était déjà produit en 2007 1, est passée à la baisse ; ceci expliquant peut-être pourquoi 3 ou 4 traders en pétrole de Singapour ont fait faillite ces dernières années ; le dernier il y a peu, laissant une ardoise de 4 milliards d'euros au Crédit Agricole et à la Société Générale, c'est-à-dire à nous, les actionnaires-pompiers-non-volontaires, autrement appelé(e)s "contribuables", chargés de renflouer les entreprises privatisées quand il y a "un trou dans leur talbin".
Aussi, de cet événements pétrolier fondamental - bien que d'apparence anodine si l'on en juge par le fait qu'il n'a pas été relayé par les médias traditionnels - il découle qu'il est désormais impossible de relancer l'économie à un rythme croissant 2 : le monde d'avant se voit révolu du fait de la réalité de la déplétion pétrolière qui commence ; la crise s'est installée pour toujours à l'échelle mondiale ; les dividendes records 2019 étaient une sorte de curée financière ; une sorte de : "Après ce crack, le déluge" !

Ainsi, alors que nous nous dirigions vers une méga-crise financière pire que celle de 2007 1, le Covid-19 est arrivé.
Dès lors, ce que je pense c'est qu'on a pas eu de pot ! Ce p'tain de Covid est tombé au mauvais moment ; ce SRAS modifié est arrivé un peu trop tôt ; ce qui a permis aux banquiers d'avoir la possibilité de dire à point nommé : "C'est pas nous, c'est le Covid !" bien que des emmerdes semblaient bien devoir nous tomber dessus 3, toutes imputables à l'incurie, aux fautes et aux crimes de ces derniers, qui, en plus, n'ont jamais voulu être prévoyants.
Et comme c'était pas eux, comme par enchantement, la planche à billets a redémarré illico. En plein confinement 4.
Ouais, on n'a vraiment pas eu de pot ! Encore une fois, les responsables de la faillite du Monde ne payeront pas.

Mais ce qui est rigolo, finalement, c'est que les banques sont vraiment devenues accro au papier monnaie, ainsi qu'à tout un tas d'artifices comptables, qui ont pu, jusqu'à présent, les sortir d'affaire. "Encore un peu de temps chers états ! Encore un peu de temps et de planche à billets !" semble être leur dernières supplications.
Mais cette dépendance aux états est maintenant si grande qu'elle prouve définitivement, par la même occasion, que le système est à bout de souffle et incapable de se reformer sainement (même dans le but d'éviter l'effondrement à cause de la délétion pétrolière) de sorte qu'il se pourrait bien que, cette fois, la fin du capitalisme soit en passe d'advenir.
Cela me fait furieusement penser au caporal moustachu qui, à partir de 1941, et jusqu'à sa chute (bien trop tardive), s'est voulu, par son "médecin" personnel, maintenu sous perfusion de tout ce qui pouvait "shooter", pour être certain de tenir, quoi qu'il en coûte, et de ne pas dévier dans son dessein monstrueux 5. En fait, les drogues avaient sur ce taré l'effet que les milliards de la planche à billets ont sur nos financiers complètement barjots : l'effacement total de la réalité.

Je vous dis depuis plus de 12 ans sur ce blog que c'est la fin du rêve prométhéen. Vous ne pouvez pas savoir à quel point j'aurais aimé avoir tors. L'horizon est désormais plus sombre que jamais.



1 La crise de 2007 est avant tout une crise énergétique, les médias et les politiques n'ayant retenu que l'aspect financier qui en a découlé. Tout comme pour la crise dite du Covid-19, ce qui la déclenche, c'est, en 2006, le passage à la baisse de la quantité journalière de pétrole disponible par habitant de la Terre (Cf. Jancovici). Cependant, grâce à la planche à billets des années 2008 à 2012, une partie des sommes colossales misent en circulation ont pu servir à mettre en production les dernières réserves de pétroles non exploitées alors, à savoir les gisements de gaz et huiles de schistes, très, très, peu rentables énergétiquement parlant, qui s'épuisent vite, et qui ne sont donc pas du tout rentables financièrement parlant compte-tenu des énormes investissements de départ pour leur mise en exploitation ; sauf si des dollars dégoulinent du ciel comme par enchantement !
Comme les gisements de pétrole et de gaz de schiste étaient notre dernière carte en matière d'énergie "facile", on peut d'ores-et-déjà dire qu'il n'y aura pas de reprise à l'échelle mondiale après la crise dite du Covid-19. Seuls les plus forts se partageront le pétrole restant pour vivre encore un peu dans le monde d'avant ; sans penser tout de suite à remettre l'esclavage au goût du jour, alors que ce dernier risque fort de renaître très vite dans les pays qui, sous la menace de l'armée US, devront se passer de pétrole.
2 Dans l'économie imposée par le capitalisme, il ne peut y avoir de croissance que si un jour est brûlé plus de pétrole que la veille.
3 Cf. ce que vous avez lu plus haut.
4 En fait, ne serait-il pas possible, pour expliquer le pourquoi du confinement, que les milliardaires - souvent bien vieux - aient eu un temps plus peur pour leurs miches (l'instinct de survie commun à tous les Humains !) que pour leurs comptes, acceptant de voir leur revenus baisser le temps d'avoir du recul sur cette nouvelle maladie qui tue essentiellement des personnes âgées ? D'autant que leur excuse : "C'est pas nous, c'est le Covid !" donnait aussi l'occasion de pouvoir quémander discrètement un nouveau shoot de planche à billets ; que ne pouvaient pas leur refuser les guignols qu'ils ont mis à la tête des états (S'il vous plait, ne me sortez pas la théorie du complot ? J'ai bien précisé : ..."le temps d'avoir plus de recul sur cette nouvelle maladie").
5 Norman Ohler, L'extase totale, le III ème Reich, les Allemands et la drogue, éd. La Découverte, 2015.

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