Dans les années 1981-1984, j'ai eu la chance de côtoyer un paysan de l'Ariège qui eût la bonté de m'apprendre à faire trois choses matérielles importantes, et peut-être essentielles, pour "ma vie de dans très bientôt" :
- confectionner des paniers de lanières de noisetier tressées sur ossature en branches de châtaignier ;
- greffer les arbres ;
- piquer les faux.

La semaine dernière, après le boulot, je m'étais invité chez un couple d'amis qui vit dans une belle petite ferme en cours de restauration avec des matériaux locaux mis en oeuvre à l'ancienne.
Une vieille faucheuse, d'une ancienne marque réputée, achetée sur Internet il y a quelques mois, venait juste de faire son premier essai dans les mains de mon ami, le "heureux" nouveau propriétaire.
Elle pissait de l'huile par tous ses joints ! Une très grosse révision s'imposait, très coûteuse en temps.

J'étais arrivé dans un petit moment de déception bien compréhensible. Et tout autour de nous, l'herbe qui menaçait de nous étouffer !
Comment faire pour survivre ?

Nous allâmes chercher une faux récente, achetée au magasin moderne des environs, faux qui bien sûr n'avait jamais été piquée, et qui, de ce fait, n'ayant pas déclenché l'entousiasme propre à chaque nouvel achat, s'était retrouvée reléguée dans un coin.

Mon ami, très occupé par les travaux sur la maison, n'avait jamais eu le temps de marteler le tranchant de l'engin de coupe.
Pourtant, il savait bien qu'il fallait le faire.
D'ailleurs, il avait récupéré une de ces vieilles petites enclumes, outil indispensable pour bien lameller le métal tout le long du tranchant.
Mais, en plus du temps qui lui avait manqué, s'il ne l'avait pas fait, c'est qu'il savait aussi que piquer une faux est affaire délicate.

Dès lors, fort de ma petite expérience pyrénéenne (merci Urbain), j'étais son sauveur !

On sépara faux et manche ; l'enclume fut plantée dans un gros bout de bois devant un confortable tabouret.

En moins d'une heure, entre enclume et marteau, le tranchant était, sur 3 à 4 millimètres de largeur, fin comme une fine feuille de papier et, précision importante, non ondulé.

Faux et manche furent ré-assemblés.
Un coup de pierre à faux fut donné et, tout de suite, "la bête" s'essaya au service. Nul effort était nécessaire pour couper l'envahisseuse.
Le bruit était bon. L'engin, sous réserve de quelques autres petits piquages, se trouvait sur la voie de la perfection.

Nous étions contents et nous partîmes consulter le Net, pour voir le vrai sur la faux.

L'herbe pouvait bien continuer de pousser : il serait toujours temps de la faucher ; avec la faux et un peu d'énergie humaine ; avec pour résultat de garder la forme et de s'entraîner au travaux des champs, qui reviennent en force.

La faux ! c'est la tondeuse du futur ! Essayez-là !

Et le plus beau, le plus poétique, pour la fin ... du pétrole.