Un nouveau produit financier arrive sur les marchés. Alléluia !

Il va permettre d'amplifier la spéculation sur les métaux car il sera désormais possible pour des hedge founds, des banques ou tout autre type d'investisseurs, "d'acheter", par exemple, du cuivre, du zinc ou du plomb, sans avoir à le stocker.
Ainsi, ce qui était possible avec le pétrole et les céréales le sera avec les métaux industriels.
Nous avions "les sans-cuve" (qui ont du pétrole non stocké) et "les sans-silo" (qui ont du grain non stocké) ; bienvenue "aux sans-hangar" qui auront des métaux mais pas de lieu pour les entreposer (Remarquons, à leur décharge, que toutes ces installations de stockage coûtent horriblement cher. C'est vrai quoi ?!?).

Paul Jorion désespère lui qui propose, pour supprimer la spéculation, d'interdire l'accès d'un marché à ceux qui n'ont rien à y faire. En effet, pourquoi des banques ont-elles le droit d'acheter du pétrole ou des céréales et maintenant des métaux ? Font-elles du commerce et de la valorisation de ces marchandises ?

Mais bon ! Pour les banquiers et économistes orthodoxes de notre époque, bref ! pour les abrutis, même si leur modèle au bout du rouleau les a ruiné et les états avec, "show must go on" (*). C'est pourquoi, visiblement, les errances ayant conduit là où nous en sommes aujourd'hui doivent non seulement se poursuivre mais aussi se multiplier, d'où l'apparition de ce nouveau produit financier. D'ailleurs, ce n'est pas illégal. "Et pourquoi ? Je vais vous le dire !" " Parce qu'on le veut bien".
Mais que vont faire les super-parasites (nos ennemis les banquiers), en spéculant ainsi avec les métaux industriels ?
"Eh bien je vais vous le dire !" Il vont parier de l'argent - et en gagner - sur un fait avéré et inéluctable, conséquence de ce qu'est notre économie de la croissance : la raréfaction des matières premières.
Au final, c'est nous qui payerons, encore, quoi qu'il arrive.
Eux, ils encaissent déjà et encaisseront aussi à la fin, sans se soucier des lendemains et sans non plus faire preuve de la moindre volonté d'agir afin que la pénurie qui vient ne soit pas un problème pour l'Humanité.

Alors il est temps maintenant de donner les noms des métaux qui vont disparaître (**), plus exactement ceux dont les gisements sont aujourd'hui quasi épuisés, ainsi que la date à laquelle ils le seront définitivement. Et bien que ces disparitions semblent réjouir les banquiers, ne faudrait-il pas, pourtant, s'angoisser quelque peu ?

Le Terbium est le premier à disparaître. En 2012 ses gisements seront épuisés. Dommage, car il est utilisé pour fabriquer des écrans à rayons X, des tubes cathodiques, les voitures hybrides et les piles à combustibles, vous savez, un de ces fameux moteurs du futur dont on nous parle très souvent à la "téloche".
Le deuxième, le Hafnium, disparaît en 2018. Utilisé, notamment, dans les réacteurs nucléaires et les processeurs des ordinateurs : que des choses de peu d'importance, vous pouvez le constater.
Le suivant est l'Argent, en 2021, servant pour la joaillerie, l'électronique, la photo, l'industrie alimentaire et à la fabrication d'instruments de musique. Certains panneaux photo-voltaïques de dernière génération utilisent ce métal pour augmenter leurs performances.
L'année suivante disparaîtra l'Antimoine, en 2022 donc, utilisé pour l'imprimerie, l'industrie du verre, les feux d'artifices et les détecteurs de champs magnétiques ou d'infra rouge.
Ne sera plus disponible, en 2023, le Palladium, utilisé pour la catalyse, l'électronique, le stockage de l'hydrogène (il serait parfait pour les futures ? voitures équipées de pile à combustible), la confection de dents artificielles et d'instruments de chirurgie, de flûtes et de bijoux.
Les gisements d'Or seront épuisés en 2025. Le métal par excellence garantie de l'argent (y en aura-t-il encore dès lors ? se demandera Arpagon) est aussi employé dans les téléphones portables, les ordinateurs, etc, etc, etc. Des choses dont, à l'évidence, nous semblons pouvoir nous passer facilement n'est-ce pas ?
Disparaîtront aussi la même année, le Zinc et l'Indium.
Puis disparaîtront, en 2028 l'Étain, en 2030 le Plomb et le Lithium, ce dernier étant le principal composant des batteries des voitures électriques dont on parle tant mais que l'on attend toujours.
En 2038, viendra le tour du Tantale, indispensable pour les super-alliages, la médecine, la chimie, l'usinage, l'optique, l'électronique.
En 2039, nous n'aurons plus de gisements de Cuivre, métal entrant dans la fabrication de tout, ou presque.
Le combustible des centrales nucléaires, l'Uranium verra tous ses gisements vidés en 2040, et sans doute avant puisque partout dans le Monde la construction de réacteurs supplémentaires est lancée. Le grand avenir de la filière nucléaire sera peut-être "grand" mais il sera sans conteste très court ; aussi court que sont longues les durées de vie des déchets que ces centrales produisent.
En 2048, les mines de Nickel ne donneront plus.
En 2050, il n'y aura plus de pétrole mais c'est une autre histoire.

Au-delà de cette date, les autres Terres Rares (le Terbium en fait partie), ne tarderont pas à ne plus être disponibles autrement que par le recyclage, toujours très gourmand en énergie, polluant et au cours duquel il y a des pertes de matière. Ces atomes seront d'ailleurs épuisés bien avant si les voitures électriques et hybrides se développent ; ce qui veut dire, en fait, qu'elles ne se développeront pas, du moins pas comme nous le souhaitons dans nos rêves.
Le Platine, qui aura disparu en 2068 au rythme actuel de l'extraction le sera bien avant si la production de piles à combustible à haut rendement est lancée en séries, même s'il s'agit de petites séries pour des petites séries de voitures. Et oui ! Encore la voiture !
Reconnaissons-le, la bagnole n'est décidément pas un objet anodin : elle nous conduit à notre perte.

La bonne nouvelle avec tout ça, c'est que la croissance économique ne sera plus possible. Seule une économie écologique pourra s'épanouir ; à la condition qu'elle soit acceptée par les peuples. Pour cela un seul moyen : refuser la guerre.
Sinon ? Et bien pour la réponse, il faut se référer au rapport Meadows : ce sera le déclin, très rapide.
Pour faire de l'humour, je dirais : "Voilà une bonne retraite qui s'annonce à nous tous qui avons aujourd'hui 45-50 ans !
Quant aux autres, nos enfants et petits enfants, "on s'en fout", c'est pas notre problème, "ils trouveront autre chose".

(*) Traduction : "Le spectacle doit continuer".
(**) Essentiellement d'après les chiffres du Service Géologique étasunien, sources utilisées par
SOS-Planète sur son site. En fait, il est difficile de trouver des renseignements sur les réserves restantes de métaux. Le sujet demeure tabou : parce qu'il ne faut jamais affoler les foules sans doute.